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La philosophie ostéopathique et ses techniques

Erwan SÉNÉCHAL
 
jeudi 25 juin 2020 par Erwan SÉNÉCHAL

Erwan SÉNÉCHAL - La philosophie ostéopathique et ses techniques.

« Étude sur la diversité des techniques pratiquées en ostéopathie et analyse des éléments guidant le choix de leurs utilisations. » - Collège Ostéopathique Sutherland – Nantes Septembre 2012 - Mémoire pour l’obtention du DSO - Sous la direction de Michel-Pierre MORIN, Ostéopathe DO. 

Résumé

L’ostéopathie est un art, une philosophie, une science mis au service du soin et de la santé. Ce leitmotiv associé à la connaissance littéraire et palpatoire de l’anatomie représente le moteur de l’ostéopathe. Au service de ce moteur, les techniques utilisées seront les outils capables de favoriser la libération de tissus en perte de mobilité.
Ces techniques sont multiples, très diverses et chaque ostéopathe peut en user comme bon lui semble dans l’intérêt du patient.
Cette diversité de pratique nous est apparue intéressante à décrire et à analyser et nous émettons l’hypothèse que plusieurs paramètres sont à prendre en compte pour tenter d’expliquer ces différences de pratiques chez les ostéopathes.
Ainsi, la genèse et la définition des différentes techniques utilisées en ostéopathie seront rappelées à l’aide d’une courte revue de littérature.
Une étude descriptive permettra, par le biais d’un questionnaire, d’évaluer les différents paramètres liés au praticien et au patient.

Table des matières

I. INTRODUCTION
II. QUESTIONS ET METHODOLOGIE
 II. 1. Questionnement
 II. 1.1 Eléments liés à la formation des praticiens
 II. 1.2 Eléments liés au patient ou la consultation
 II. 1.3 Eléments liés à l’expérience et aux considérations des praticiens
 II. 2 Recherche
 II. 2.1 Moyens mis en œuvre
III. ORIGINE ET DEFINITION DES TECHNIQUES
 III. 1 Origine des différentes techniques
 III. 2 Définition des Techniques
 III. 2.1 Technique de manipulation articulaire à haute vitesse et basse amplitude(HVBA)
 III. 2.2 Techniques fonctionnelles
 III. 2.3 Technique crânio-sacrée
 III. 2.4 Le Traitement Général Ostéopathique ou total adjustment body
 III. 2.5 Technique d’énergie musculaire
 III. 2.6 Technique de recoil
 III. 2.7 Technique d’écoute tissulaire
IV. QUESTIONNAIRE ET ANALYSE DES DONNEES
 IV. 1 Caractéristiques de l’échantillon
 IV. 2 Analyse des données
 IV. 2.1 Rôle de la Formation
 IV. 2.2 Rôle des critères liés au praticien
 IV. 2.3 Définition de la pratique
IV. 2.4 Rôle des critères liés au patient
V. DISCUSSION
VI. AUTOCRITIQUE
VII. CONCLUSION
VIII. BIBLIOGRAPHIE

I - Introduction

Née de l’esprit original et avant-gardiste de ce docteur en médecine américain Andrew Taylor STILL, l’ostéopathie se veut être une médecine au service de l’homme dans toutes ses composantes : quelle complexe et excitante ambition.
De cette réflexion qui nous est léguée, à chacun de nous ostéopathe, reste quelques écrits sous forme de biographie et de traités philosophiques ostéopathiques dépourvus volontairement de techniques à proprement dites car seules la philosophie et l’anatomie, selon les pionniers, devait guider l’ostéopathe.
Les anciens élèves du vieil homme à la barbe, certains de leurs successeurs à leurs tours, et des confrères contemporains ont tenté ou tentent de redécouvrir l’ostéopathie en y apportant leur pierre par des techniques respectant la philosophie initiale.
Ces approches sont aujourd’hui très diverses et, malgré leur pleine et entière participation à l’art ostéopathique, sous-tendent des guerres de chapelles au sein même du paysage ostéopathique français et des instituts de formation.
Ainsi nombre de patients nous témoignent de la grande diversité apparente des prises en charge ostéopathiques qu’ils ont pu connaître lors de leur visite chez différents praticiens et cela parfois pour un même motif de consultation. Alors ce constat relève-t-il d’une certaine anarchie inhérente à l’inhomogénéité de l’enseignement ou de motivations éclairées à la lueur de la singularité de chaque patient et de chaque praticien.
Cette ostéopathie aussi diverse que les praticiens qui la délivre se distingue ainsi de la plupart des autres pratiques de soins et ceci peut, bien entendu, appeler la critique qu’elle soit positive ou négative.
Les hypothèses quant au choix de traitement sont nombreuses : pragmatisme nécessaire devant l’unicité du patient consulté, spécificité du motif de consultation, contre-indication à la réalisation d’une technique, formatage lié à l’orientation pédagogique d’une école, d’une formation continue, affinité personnelle du praticien vers des techniques plus que d’autres, expérience du praticien.
La question qui nous paraît alors intéressante à poser est : « Qu’est-ce qui guide l’ostéopathe dans l’abord de son patient ? »
Ce travail a pour objectif d’analyser les raisons qui poussent l’ostéopathe à choisir des techniques plus que d’autres dans le but d’aider les consultants à restaurer leur santé. Nous émettons l’hypothèse que plusieurs paramètres peuvent rentrer en ligne de compte telle sa formation ou son expérience, le patient, voire ses propres concepts liés au soin.
Cette réflexion sera, tout d’abord, menée par le biais d’un rappel historique et phylogénique des techniques, des différentes approches manuelles expérimentées en ostéopathie puis d’une analyse des données recueillies grâce à un questionnaire et enfin d’une réflexion menée d’après les résultats obtenus.

II. Questions et méthodologie

II.1. Questionnement

L’ostéopathie a pour vertu de pouvoir intégrer un nombre important de techniques pouvant rentrer en adéquation à sa philosophie et ses postulats originels. Et paradoxalement ce panel d’outils riche en qualité et quantité peut se transformer en fourre tout, inspirant le doute et le flou quant au choix de tel ou tel de ces outils.
Cette profusion de techniques est une source de diversité des pratiques ostéopathiques et offre une liberté totale aux praticiens de choisir le mode de prise en charge des patients.
Et, en effet, vous verrez des approches, des techniques employées complètement différentes d’un ostéopathe à l’autre.
C’est ainsi, qu’il serait certainement erroné de qualifier l’ostéopathie de technique car aux yeux du fondateur de cette médecine, ce qui importait était le « pourquoi » et non le « comment ».
Ainsi, il apparaît intéressant d’analyser dans quelle mesure les éléments suivants peuvent influencer la pratique de l’ostéopathe : la formation des praticiens, le patient, l’expérience et les considérations du praticien.

II.1.1 Éléments liés à la formation des praticiens

Chaque ostéopathe exerce sa pratique avec un vécu différent et le partage du titre d’ostéopathe peut en être une des raisons : les praticiens peuvent exercer l’ostéopathie à titre exclusif, ou l’exercer en parallèle d’une autre profession paramédicale ou médicale. (cf. Décret n° 2007-435 du 25 mars 2007 relatif aux actes et aux conditions d’exercice de l’ostéopathie en Annexe).
Cet état de fait, est un sujet, récurrent, de discorde mettant face à face les défenseurs d’un double exercice garant d’une sécurité pour les patients et les gardiens d’une ostéopathie pratiquée selon un mode exclusif jugeant délétère la mixité des pratiques.
L’ostéopathie pratiquée parallèlement à la profession de masseur-kinésithérapeute, de médecin, de sage-femme est-elle dissociable de celle pratiquée dans son simple appareil ?
Cette étude, consacrée aux facteurs de diversités des pratiques ostéopathiques, s’intéresse donc à ce clivage et prend comme hypothèse que le mode d’usage du titre d’ostéopathe est un élément, parmi d’autres, permettant d’expliquer la diversité des pratiques.
Les ostéopathes formés et sortis diplômés des instituts de formations, ont la possibilité, certains diront le devoir, de s’informer sur les différentes approches ostéopathiques innovantes, de progresser dans des domaines non maitrisés (pédiatrie, ORL, uro-gynécologie…), d’améliorer leur technicité, d’acquérir de nouvelles données théoriques (anatomie, physiologie…), d’éveiller leur curiosité en redécouvrant des approches peu comprises voire rejetées par le passé.
De nombreux stages de formation post gradués existent et cohabitent avec de plus en plus de diplômes, s’ouvrant tour à tour, dans différentes universités. Quel rôle joue les formations continues dans la diversité des pratiques ?

II.1.2 Éléments liés au patient ou la consultation

L’Ostéopathie est une thérapie manuelle où la clinique joue un rôle primordial. Les praticiens recueillent, ainsi, au décours de l’observation, de l’anamnèse, de la palpation, d’une perception beaucoup d’informations au sujet du patient.
Ces informations doivent permettre d’effectuer un diagnostic différentiel, un diagnostic que l’on qualifiera de diagnostic « ostéopathique » et un plan de traitement pour une ou plusieurs consultations.
Les éléments choisis sont :
- La chronicité du motif de consultation
- Age du patient
- Qualité des tissus
- Morphologie du patient
- Temps de consultation
- Antécédents médicaux
- Désidératas du patient.
Nous nous sommes donc fixés comme objectif d’évaluer l’importance de ces éléments quant à la diversité des pratiques.

II.1.3 Eléments liés à l’expérience et aux considérations des praticiens

Nous partons de l’hypothèse que chaque ostéopathe a un son vécu, sa vision de l’ostéopathie et son point de vue sur la façon d’appliquer cette vision. Ainsi, il sera intéressant d’évaluer successivement le rôle de l’expérience traduit en intervalle d’années, de la signification du geste thérapeutique et de la définition que chaque praticien fait de l’ostéopathie.

II.1.3.1 Expérience

Le terme expérience a été préféré à celui d’ancienneté, un peu péjoratif. L’expérience représente l’accumulation des connaissances acquises tout au long de sa vie ajoutée à une meilleure connaissance du monde qui nous entoure. Il est intéressant d’observer comment les ostéopathes évoluent au cours de leur vie professionnelle, et d’observer si l’avancée du temps impliquent des changements de pratique.
Il a été choisi de catégoriser les ostéopathes :
- 0-3 ans
- 4-10 ans
- 11-15 ans
- 16-20 ans
- Plus de 20 ans d’expérience.

II 1.3.2 Définition

Comme nous l’avons vu précédemment, les ouvrages de STILL A.T. recèlent des leçons d’anatomie appliquée, de philosophie appliquée à l’humain et à la santé qui définissent, en quelques centaines de pages ce que représente cette médecine vieille d’un peu plus d’un siècle.
D’après les écrits, STILL A.T. était intransigeant sur ce qu’était et devait rester l’ostéopathie comme le témoignent quelques lignes tirées de la préface écrite par TRICOT P. du livre (HULETT, 2011)« Carl McConnel, un praticien ostéopathe moins sujet à caution, publia en 1899 The Practice of Osteopathy (La Pratique de l’ostéopathie). Still ne fut pas du tout satisfait du livre de McConnel, regrettant que l’essentiel soit tiré des " anciens auteurs médicaux ", et le considérant comme " la faillite totale d’un ostéopathe " (TROWBRIDGE, 1999-2010).
Trowbridge nous dit d’ailleurs que cette insatisfaction poussa STILL à écrire lui-même afin de délivrer un message qui satisfasse à ses conceptions de l’ostéopathie. Ainsi sont nés Autobiographie (1897), Philosophie de l’ostéopathie (1898) et Recherche et pratique (1910). L’origine de Philosophie et principes mécaniques de l’ostéopathie (1892-1902) est plus controversée.
Demander maintenant à différents ostéopathes de vous définir leur pratique en quelques mots et vous serez peut être surpris par la diversité des réponses.
Dans cette étude, nous avons proposé quatre mots, quatre définitions aux ostéopathes participant à l’enquête afin de confronter leur réponse à leur pratique.
- Philosophie
- Art
- Sciences
- Technique

II.1.3.3 Intention du praticien

L’ostéopathie est définit par l’OMS comme « l’art de diagnostiquer et de traiter, par la main, les dysfonctions de la micro mobilité des tissus du corps, qui entraînent des troubles fonctionnels pouvant perturber l’état de santé. »
Diagnostiquer les dysfonctions de mobilité, oui, mais comment les traiter ?
Une des solutions revient à les « corriger », c’est alors impliquer qu’il existe une anormalité à rétablir.
Les dysfonctions peuvent être « guidées », orientées par le thérapeute vers une position de relâchement.
Une dernière option, peut être d’ « accompagner » la structure en dysfonction qui retrouvera le chemin du retour, le praticien représente un point d’appui. 

II. 2 Recherche

Ce mémoire consiste en une recherche non expérimentale, descriptive basée sur des variables qualitatives, réalisée sur la base d’une enquête. Un questionnaire adressé à des ostéopathes, nous permettra de catégoriser les différentes pratiques et de les comparer les unes aux autres afin de faire ressortir des explications causales sur la diversité des techniques employées d’un ostéopathe à l’autre.

II.2.1 Moyens mis en œuvre

Pour la réalisation de ce mémoire nous utiliserons différents moyens d’observations qui nous permettrons d’analyser le comportement des ostéopathes face au choix de certaines techniques plus que d’autres.

II.2.1.1 Une revue de littérature ostéopathique

Elle sera concise et nous permettra d’atteindre deux objectifs :
- Dérouler le fil historique de l’ostéopathie afin de redécouvrir la phylogénie des différentes techniques (Il nous paraît, en effet, intéressant d’étudier la photo de famille ostéopathique pour comprendre l’évolution de cet art au cours du temps et retrouver la paternité de chacune des pratiques).
- Décrire et redéfinir les techniques majeures que l’art ostéopathique recèle 

II.2.1.2 Enquête par questionnaire

Nous avons émis précédemment des hypothèses et lister les informations pouvant nous permettre de les étayer. Ces informations ont été traduites en une série de questions dont les réponses après recoupement seront analysées. Nous avons donc décidé d’utiliser des questions précises avec des possibilités de réponses délimitées.

II.2.1.2.1 Structure du questionnaire

Questions fermées
Elles nous permettront de guider le participant en lui offrant un éventail de réponses. Selon les questions, des réponses à choix multiples ou unique seront proposées.
Leur utilisation nous permettra de faciliter l’analyse des informations recueillies au vue du nombre important de questions et de participants.

Question ouverte
Le questionnaire sera terminé par une question ouverte qui permettra aux participants de laisser libre court à leurs réflexions quant à la question posée dans ce mémoire et d’émettre d’éventuelles critiques au sujet du questionnaire.
Ces réponses pourront être analysées dans le but d’enrichir ce travail.

II.2.1.2.2 Contenu du questionnaire

Il est composé de trente questions articulées autour des hypothèses émises quant au sujet du mémoire.
Les questions 1, 3, 4 et 5 (cf. Annexe) nous aideront à recueillir des informations sur les différents types de formation reçues par les ostéopathes participant au questionnaire :
- Institut de formation
- Formation continue
- Techniques enseignées
- Mode de pratique exclusif ou non
Les questions 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24 et 25 (cf. Annexe) nous renseignent sur l’importance des informations concernant le patient quant au choix d’une technique spécifique :
- Chronicité du motif de consultation
- Age du patient
- Qualité des tissus
- Morphotype du patient
- Gestion du temps de consultation
- Désidératas du patient
- Contre-indication éventuelle
Les questions 2, 27, 28 et 29 sondent l’expérience du praticien et les considérations des praticiens quant au sens donné à leur thérapeutique et leur définition de l’ostéopathie :
- Nombre d’années d’expérience
- Evolution de la pratique au cours du temps
- Intention du praticien
- Définition de l’ostéopathie
Les questions 6,7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17 et 26 nous aident à décrire la pratique des ostéopathes :
- Fréquence d’utilisation des techniques
- Tests d’orientation vers l’utilisation spécifique d’une technique. 

III. Origine et définition des techniques

III.1 Origine des différentes techniques

L’ostéopathie recouvre, de nos jours, un nombre important de techniques qui sont apparues successivement depuis la naissance de cette médecine. Elles sont nées d’une idée, d’un concept, d’un homme, d’une femme mais se déclarent toutes issues des principes fondamentaux de l’ostéopathie.
Il nous paraît intéressant d’effectuer un retour en arrière afin de comprendre comment certaines techniques ont vu le jour, si l’on peut établir une sorte de phylogénie ou tout du moins éclaircir certains liens de parenté.
Si nous devons la naissance de l’ostéopathie à Andrew Taylor STILL, il est cependant très difficile de savoir quelles techniques il utilisait car aucun de ses ouvrages, Autobiographie (1897), Philosophie de l’ostéopathie (1898), Recherche et pratique (1910), L’origine de Philosophie et principes mécaniques de l’ostéopathie (1892-1902) ne décrit, à aucun moment, de manœuvres ostéopathique. Et ce de manière délibérée pourrait on penser en le lisant.
Ainsi, le père fondateur de l’ostéopathie plaçait-il, certainement, les postulats suivant, la règle de l’artère, l’interrelation entre la structure et la fonction, l’autorégulation, l’unité de l’organisme au dessus d’un quelconque enseignement dogmatique de techniques.
Alors il semble que les élèves d’Andrew Taylor STILL et certains ostéopathes suivants décidèrent de le prendre aux mots et de conjuguer la philosophie pragmatique à des techniques qu’ils mirent au point. L’un des plus connus et parmi ceux qui on, certainement, beaucoup influencé les pratiques fût John Martin LITTLEJOHN (1865-1947), ancien patient puis étudiant d’Andrew Taylor STILL. Ses connaissances en physiologie l’amèneront à tout d’abord enseigner au sein du collège de KIRKSVILLE puis à la suite d’une divergence de point de vue avec Andrew Taylor STILL, à créer sa propre structure d’enseignement de l’Ostéopathie à CHICAGO.
Ce sont, peut être, ses multiples formations universitaires européennes qui le pousseront à rapprocher l’Ostéopathie des sciences telles que la physiologie, la chimie. Son souhait fut de recentrer l’Ostéopathie sur des données scientifiques hors de tout paramètre philosophique voire métaphysique.
Sa contribution au développement de l’Ostéopathie permettra l’arrivée de concepts liés à la mécanique vertébrale, des lignes de forces etse penchera sur l’étude du système nerveux végétatif, sa segmentation, ses interactions avec le squelette et les organes.
Il sera un de ceux qui prône une ostéopathie rigoureuse, fondée sur des bases scientifiques reconnues.
Il initia, également, les techniques de total adjusment body ou traitement général ostéopathique amélioré, par un de ses élèves WERNHAM J.
Les élèves des différents instituts de formation créés par John-Martin LITTLEJOHN se feront connaitre par leur participation à l’avancée en matière de techniques ditesstructurelles  : lois physiologiques vertébrales de FRYETTE H.H., muscular energy technic ou technique d’énergie musculaire de MITCHELL.F., total adjustment body ou traitement général ostéopathique perfectionné par WERNHAM J.

De plus certains ostéopathes s’inspireront de ces travaux basés sur les propriétés du système nerveux végétatif, tels que JARRICOT H à qui l’on doit les techniques sur les dermalgies réflexes.
Il sera le premier à introduire l’enseignement de l’ostéopathie en Europe et plus précisément en Grande-Bretagne, en créant, à son retour des États-Unis, la British School of Osteopathy.

Un autre étudiant d’Andrew Taylor STILL marqua son emprunte en étoffant la panoplie de techniques ostéopathiques en la personne de William-Garner SUTHERLAND.
Sa plus grande contribution fût certainement son concept sur l’ostéopathie crânio-sacrée. En effet, intuitivement, il prend pour hypothèse que la présence de sutures crâniennes doit être la conséquence d’une fonction, d’un mouvement. Les sutures étaient pour lui « biseautées, comme les ouïes du poisson, indiquant une mobilité pour un mécanisme respiratoire. » (SUTHERLAND A.S., 1962, 12-13).
En avançant sur ce terrain, il mit au point un concept basé sur la libre circulation du liquide cérébrospinal et sur la libération d’éventuelles contraintes sur son trajet, ainsi les techniques crânio-sacrées voient le jour.
Sa façon d’appréhender l’homme comme une unité fluidique en mouvement et non plus uniquement comme une architecture solide amènera une nouvelle approche thérapeutique basée sur la perception et l’auto guérison interne. Son objectif fût alors de « Permettre à la fonction vitale interne de manifester sa puissance infaillible, plutôt que d’appliquer une force aveugle venue de l’extérieur. »(SUTHERLAND W.G., 2002, p. 115).
De nombreux ostéopathes suivirent ce chemin en introduisant de nouvelles techniques telles que les techniques articulaires fonctionnelles de HOOVER H., ROUSSE R., les techniques fasciales décrites par CHILA A. ou encore les techniques basées sur l’écoute de mouvements involontaires de BECKER R., les techniques biodynamiques de JEALOUS J.
D’autres encore participerons à l’élargissement de l’éventail technique de l’ostéopathie comme CHAUFFOUR P. et PRAT E. en introduisant une technique structurelle, le recoïl, à leur concept et système de traitement, le lien mécanique. 

III. 2 Définitions des Techniques

III. 2.1 Technique de manipulation articulaire à haute vitesse et basse amplitude(HVBA)

Il est difficile de remonter à l’origine de ces techniques car elles semblent avoir été utilisées de tout temps par différentes approches thérapeutiques manuelles. Elles ne sont donc pas l’apanage des ostéopathes. Elles ont toutefois été perfectionnées par certains ostéopathes pour en améliorer l’efficacité.
Cette technique que l’on retrouve sous plusieurs appellations (High Velocity Low Amplitude, Thrust) peut être décrite comme une mobilisation passive forcée qui tend à porter les éléments constitutifs d’une articulation, au-delà de leur jeu habituel normal, jusqu’à la limite de leur jeu anatomique possible. (MAIGNE, 1989).Il doit être rajouté qu’elles se pratiquent avec une grande vitesse d’exécution mais une faible amplitude.
Elles peuvent être qualifiées de directes et se réalisent dans le sens du mouvement restreint en qualité et en quantité.

III. 2.2 Techniques fonctionnelles

Cette catégorie de techniques articulaires inspirée par W G SUTHERLAND, regroupe plusieurs techniques développées par différents ostéopathes et ont pour point commun de toujours se réaliser dans le sens du mouvement facilité en qualité et quantité.
Elles ont pour objectif d’entrainer un état de relâchement des tissus nécessaire à l’autocorrection de la dysfonction ostéopathique.
Elles peuvent nécessiter la participation du patient qui sera guidé par le praticien (techniques dites SUTHERLAND).
Des ostéopathes comme ROUSSE R., HOOVER H. ont participé à enrichir le panel de techniques fonctionnelles.

III.2.3 Technique crânio-sacrée

Cette technique ou approche se base sur un concept élaboré par W G SUTHERLAND et repris par UPLEDGER J qui prend en compte le lien existant entre un contenant les os du crâne, le rachis, la dure-mère, le sacrum, le coccyx, et un contenu le liquide cérébro-spinal. L’objectif étant de rendre la circulation du liquide cérébro-spinal sans contraintes.
La technique se base sur la perception et l’évaluation d’un mouvement, le mouvement respiratoire primaire (MRP).
Le mouvement respiratoire primaire est décrit par un moteur composé
 - La motilité inhérente du cerveau et de la moelle épinière
 - La fluctuation du liquide cérébrospinal
 - La tension des membranes crâniennes et rachidiennes
Le moteur entraîne :
 - Le mouvement des os du crâne
 - Le mouvement du sacrum entre les deux iliums

III.2.4 Le Traitement Général Ostéopathique ou total adjustment body

C’est une technique mise au point par Martin LITTLEJOHN et perfectionnée par John WERNHAM.
C’est un ensemble des techniques de mobilisations qui visent à normaliser les rapports articulaires qui existent entre les tissus conjonctifs.
Il consiste en une routine de traitement rythmique global adaptable au patient, servant simultanément de diagnostic et de traitement.
Il a pour vocation d’agir sur 3 unités :
 - Mécanique : système musculo-squelettique (os, articulations, capsule, articulaire, tendons, aponévroses.
 - Fluidique : sang artériel, veineux, système lymphatique, liquide synovial.
 - Neurologique : système ortho- parasympathique, boucle réflexe.
Il a pour objectif de mettre en confiance le patient, de défibroser les fascias, d’influencer la proprioception des articulations, de rééduquer les arcs réflexes perturbés, de drainer les toxines et métabolites.

III.2.5 Technique d’énergie musculaire

Elles ont été mises au point par MITCHELL.F.L.
C’est une méthode de correction de dysfonction articulaire utilisant la participation du patient. La correction se fait à l’aide de cycles de contractions isométriques volontaires jusqu’à la restauration du mouvement articulaire restreint.
C’est une technique souvent employée en tant que technique adjuvante, ou de secours en cas de contre-indications, elle est pourtant très précise mais seulement si la réalisation est à la hauteur, Lionnelle ISSARTEL dit de l’énergie musculaire : « Le principe est simple. La réalisation demande un diagnostic exact, une bonne mise en tension (ni trop, ni trop peu), de l’attention dans la manœuvre car il s’agit d’une réaction de haute précision. » (ISSARTEL, 1983)
C’est une méthode qui peut être qualifiée de directe et se réalise dans le sens du mouvement restreint en qualité et en quantité.

III.2.6 Technique de recoil

Elle est inspirée par le « toggle-recoil » des chiropraticiens et donc revisitée par CHAUFFOUR P. et PRAT E. dans leur concept de traitement « le lien mécanique ».
Elle consiste à « libérer la fixation en appliquant, contre la résistance des tissus une très vive impulsion » et peut être décrite comme « une technique structurelle ou, autrement dit, une technique directe, puisque l’impulsion du geste est toujours dirigée contre la résistance des tissus en lésion. ». (CHAUFFOUR P.et PRAT E., 2003,62-63).

III.2.7 Technique d’écoute tissulaire

Inspirée par SUTHERLAND W.G., cette technique se base sur une conception fluidique du corps et consiste en la réalisation d’un fulcrum ou point d’appui matérialisé par le praticien qui entrainera la mobilisation des tissus et des fluides jusqu’à un point d’arrêt ou « stiil-point » précédant une phase d’auto régulation. La notion de présence, d’attention du praticien font partie intégrante de la technique. Il n’est ici question ni de manipulation, ni de mobilisation mais d’une écoute en conscience des tissus.

III.2.8 Technique de dermalgies réflexes

Le Dr JARRICOT (1903-1989) était ostéopathe et acupuncteur. Il s’intéresse aux dermalgies, c’est-à-dire aux lipodystrophies de taille variable localisée dans un territoire métamérique cutané. Un examen par "palper / rouler" recherchera ces dermalgies et permettra d’évaluer la qualité de la peau, son aspect induré. La palpation est positive si elle crée un sensation de douleur chez le patient.
JARRICOT fait le lien entre ces dermalgies et des troubles fonctionnels viscéraux.
Il créera une cartographie de ces dermalgies réflexes.

IV. Questionnaire et analyse des données

Il a été choisi d’utiliser un questionnaire numérique, c’est-à-dire disponible en ligne pour ceux possédant l’adresse.
La stratégie de diffusion de l’enquête s’est ficelée en plusieurs étapes qui nous ont conduites à solliciter par ordre chronologique :

- Les membres du Registre des Ostéopathes de France dont l’adresse électronique était mise à disposition.
- Des ostéopathes renseignés par des confrères.
- Les lecteurs du site internet « Le site de l’Ostéopathie » créé par Jean-Louis BOUTIN dont je salue sa proposition d’affichage du questionnaire dans la rubrique des actualités du site susmentionné.

Le questionnaire a été mis en ligne le 15 avril 2012 pour être suspendu le 08 juillet 2012
Les participants ont répondu anonymement. Les ostéopathes désirant nous contacter, pouvaient le faire par courrier électronique.
Les réponses ne correspondant pas au cadre délimité par le questionnaire n’ont pas été incluses dans les données nécessaires à l’aboutissement de l’étude.
Les réponses du participant n°38 n’ont pas été utilisées car cet ostéopathe n’a pas jouer le jeu du questionnaire.

IV.1 Caractéristiques de l’échantillon

Les réponses au questionnaire nous ont permises de recueillir des informations sur une population d’ostéopathes dont voici les caractéristiques quantitatives :

Nombre d’ostéopathes ayant répondu au questionnaire : 108
Nombre d’instituts de formations renseignés par les participants : 34
Nombre d’ostéopathes en exercice exclusif : 91
Nombre d’ostéopathes en exercice non-exclusif (mixte) : 17
Nombre d’ostéopathes de plus de 20 années d’expérience : 15
Nombre d’ostéopathes de 16 à 20 ans d’expérience : 10
Nombre d’ostéopathes de 11 à 15 ans d’expérience : 17
Nombre d’ostéopathes de 4 à 10 ans d’expérience : 22
Nombre d’ostéopathes de 0 à 3 ans d’expérience : 45
Nombre d’ostéopathes ayant effectué une ou plusieurs formations continues : 80
Nombre d’ostéopathes n’ayant pas effectué de formation continue : 28

Nous avons émis l’hypothèse que 3 grands facteurs pouvaient participer à expliquer la diversité des techniques employées par les ostéopathes et à analyser les paramètres guidant le choix de leurs utilisations.
Cet échantillon ne nous permet pas d’extrapoler les résultats à la population entière car l’intervalle de confiance est 9.38 pour un niveau de confiance à 95%. 

IV.2 Analyse des données

Les informations recueillies à l’aide du questionnaire représentent des données brutes que nous allons recouper entre elles afin d’étayer les hypothèses.

IV.2.1 Rôle de la Formation

IV.2.1.1 Formation continue

Cette variable sera observée en utilisant les réponses aux questions 15 et 4. Les résultats sont récapitulés sous forme d’un tableau en Annexe 1 et d’un histogramme en bâtons. Les données sont en Annexe 2.
Avec ou sans formation continue, on remarque une similitude sur le fait que les ostéopathes des deux groupes utilisent le plus souvent les techniques de manipulation à haute vélocité/basse amplitude et les techniques fonctionnelles.
Cependant, les deux groupes se différencient par la distribution concernant les autres techniques. En effet, les techniques d’écoute et de recoïl sont des techniques principales chez 18% des ostéopathes ayant effectué une formation continue contre 0% sans formation continue. On retrouve des proportions inverses en ce qui concernent le traitement général ostéopathique et les techniques fasciales, 24% sans formation continue contre 8 %.
L’influence de la formation continue est présente, surtout, en ce qui concerne les techniques d’écoute tissulaire et de recoïl. On peut penser que ces techniques ne sont enseignées que partiellement en institut de formation et que le recours à des formations supplémentaires soit nécessaire à leur meilleure maîtrise ; ceci pouvant expliquer les chiffres retrouvés.

IV.2.1.2 Influence du mode d’exercice

- Afin d’évaluer le rôle de ce paramètre, nous avons choisi de recouper, dans un premier temps, les informations recueillies grâce aux réponses 3 et 15 correspondant au mode d’exercice (exclusivité ou non) et à la technique la plus utilisée (Annexe 3).

Ce diagramme nous montre de nombreuses variations de répartition d’un groupe à l’autre quant à la technique principalement employée.
Parmi le groupe d’ostéopathes pratiquant l’ostéopathie de manière exclusive, les techniques de manipulation à haute vélocité / basse amplitude et les techniques fonctionnelles représentent la majorité des techniques principales (52%).
Dans le groupe « mixte », les ostéopathes pratiquant les techniques crânio-sacrées, d’écoute tissulaire, fonctionnelles et fasciales en tant que technique principale sont majoritaires (76%).
L’hypothèse selon laquelle les différences d’exercice de l’ostéopathie en termes d’exclusivité influent sur la nature de la technique principalement employée nous paraît être plausible, mais ne peut être démontrée sans test statistiques plus poussés.

- Dans un deuxième temps, nous comparons dans chaque catégorie, exclusifs et mixtes, la distribution des techniques souvent ou très souvent utilisées.
Les réponses aux questions 3 et 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14 sont donc recoupées.
Les résultats sont récapitulés dans un tableau en annexe 4 et sous forme d’histogramme en bâtons ci-contre.
Il apparaît que les distributions relatives aux techniques fonctionnelles, crânio-sacrées, d’écoute tissulaire sont équivalentes dans les deux catégories d’ostéopathes. Elles sont, pour les ostéopathes exclusifs, les techniques les plus utilisées.
Les distributions concernant les techniques HVBA et énergie musculaire sont supérieures chez les ostéopathes « exclusifs » alors que le traitement général ostéopathique est pratiqué plus souvent par les ostéopathes « mixtes ».
L’influence du mode d’exercice sur la pratique des ostéopathes paraît se vérifier surtout en ce qui concerne la technique principalement utilisée. 

IV.2.2 Rôle des critères liés au praticien

Les variables utilisées seront, la technique principale et la fréquence d’utilisation des pratiques. 

IV.2.2.1 Expérience

Nous choisissons d’évaluer la répartition concernant la technique principale dans chaque catégorie d’expérience. A cet effet, les réponses aux questions 2 et 15 sont analysées. (Annexe 5
Les résultats sont récapitulés sous forme d’un diagramme en ligne, dépourvu des techniques marginalement employées comme technique principale (recoil, dermalgies réflexes, TOG et énergie musculaire) afin de rendre plus aisée la lecture.
Le diagramme montre de nombreux croisements de ligne qui mettent en évidence des changements de pratique dans le temps. Ainsi, en suivant la ligne correspondant aux manipulations « HVBA », on observe qu’elles sont très majoritairement utilisées comme technique principale chez les ostéopathe de 0 à 3 ans d’exercice, puis elles perdent leur place chez les ostéopathes 4-10 ans et 11-15 ans d’exercice au profit des techniques fonctionnelles. La manipulation HVBA redevient la technique principale chez une majorité d’ostéopathes de 16 à 20 ans d’exercice pour enfin disparaitre au profit de l’écoute tissulaire dans la catégorie 20 et +.
L’utilisation des techniques fonctionnelles en tant que technique principale montre une augmentation jusqu’à un pic situé chez les ostéopathes de 11 à 15 ans d’expérience pour devenir majoritaire chez les « 4-10 ans » et les « 11-15 ans ». Elle entame, ensuite une diminution jusqu’à atteindre 0% dans la catégorie 20 ans et +.
Les pourcentages correspondant aux techniques crânio-sacrées oscillent entre 9 et 18% et ne sont jamais majoritaires.
De plus, les données quant aux fréquences d’utilisation des différentes techniques (annexe 6) sont utilisées afin de réaliser un deuxième diagramme en lignes brisées.
Il apparaît, clairement, deux groupes de techniques bien distincts pour les catégories 4-10,11-15, 16-20 et 20 ans et plus, contrairement à la catégorie 0-3 ans où il est plus difficile de distinguer ce phénomène.
 Le groupe composé des techniques fonctionnelles, d’écoute tissulaire, des techniques crânio-sacrées et des techniques fasciales représente les pourcentages les plus importants : les ostéopathes 4-10, 11-15, 16-20 et plus de 20 ans d’expérience sont au minimum 60% à pratiquer ces techniques souvent ou très souvent.
 L’autre groupe composé des techniques d’énergie musculaire, du TOG, du recoil et des dermalgies réflexes montre que la moitié ou moins des ostéopathes 4-10,11-15, 16-20 et + de 20 ans d’expérience utilise souvent ou très souvent ces techniques.
La catégorie 0-3 ans de distingue avec la technique la plus utilisée qui est la manipulation à haute vélocité et basse amplitude (77%) qui ne dépasse pas les 53% dans les autres catégories. Sa ligne chute dès 4-10 ans d’expérience pour ne, quasiment jamais, remonter. Ils sont également une très nette majorité (63%), à utiliser souvent ou très souvent l’énergie musculaire contrairement aux autres catégories.

Ces observations montrent qu’il existe une diversité d’exercice entre les différentes catégories d’expérience. Ils tendent, donc, à nous faire penser que la pratique des ostéopathes évolue selon le nombre d’années d’exercice.

IV.2.2.2 Action ou intention thérapeutique du praticien

Nous avons, dans ce but, recouper les informations recueillies à l’aide des questions 15 et 28 (annexe 7). Les résultats sont résumés sous forme d’un histogramme.

D’après les données, il apparait, assez nettement, quatre groupes différents :
 - La correction est l’intention principale, il s’agit des catégories « HVBA » et « recoïl ».
 - L’accompagnement ressort comme intention majoritaire, il s’agit des catégories « fonctionnel », « écoute », « cranio-sacrée ».
 - Aucune intention thérapeutique n’apparaît prédominante ; elle concerne les catégories « fasciales », « TOG », « énergie musculaire ».
Cette distribution montre des différences assez nettes entre les groupes de praticiens et correspond certainement aux différentes philosophies qui sous-tendent les techniques mais doit on penser que l’intention suit la technique ou qu’à l’inverse la technique suit l’intention ?
 Nous émettons l’hypothèse, dans ce travail, que l’intention du praticien est un paramètre guidant le choix des techniques et ces résultats tendent à nous confirmer qu’il existe bien une corrélation. 

IV.2.3 Définition de la pratique

Pour ce faire nous avons associé les réponses aux questions 3 et 29 correspondants, respectivement, à la technique la plus utilisée et à la définition de l’ostéopathie. (Annexe 8)
Les résultats sont présentés sous forme d’un histogramme.
Les informations recueillies nous montrent que les définitions « Philosophie », « Art » et « Science » sont les plus représentées dans chaque catégorie de techniques, la définition « Technique » restant marginale sauf pour la catégorie recoïl.
La définition « Philosophie » prédomine dans toutes les catégories (en association avec d’autres définitions pour les catégories « cranio-sacrée » et « recoïl ») sauf celle du Traitement Général Ostéopathique ou la définition « Art » est en tête.
Les catégories « écoute tissulaire » et « énergie musculaire » se distinguent des autres en ne choisissant que les définitions « Philosophie » et « art », la « Philosophie » étant largement en tête (67% pour écoute tissulaire et 50% pour énergie musculaire).
Même si quelques différences apparaissent à la vue de ces résultats, La définition « Philosophie » fait quasi-unanimité dans toutes les catégories.
La définition de l’ostéopathie nous paraît être un paramètre peu discriminant, et influencerait peu les ostéopathes à s’orienter vers une technique plutôt qu’une autre. 

IV.2.4 Rôle des critères liés au patient

Pour cela, nous avons choisis d’évaluer l’importance des informations relatives au patient en recoupant les réponses aux questions 18 à 22, dans chaque catégorie de technique principalement utilisée (question 15).

Les résultats sont récapitulés sous forme d’un tableau.

Les ostéopathes ont, d’après les observations, quand il s’agit de choisir une technique, des considérations différentes à propos des informations liées au patient ou à la consultation.
En effet, si l’on observe un certain désintérêt pour les désidératas du patient, le temps de consultation et le morphotype du patient, les autres informations sont des critères importants pour plusieurs catégories d’ostéopathes.
Si l’on décide de ne sélectionner que les pourcentages supérieurs à 75%, il apparait, clairement, deux groupes :
Le groupe composé des techniques fasciales, fonctionnelles, d’écoute tissulaire où il est observé que peu d’informations servent aux ostéopathes pour faire leur plan de traitement et choisir leurs techniques. Les ostéopathes utilisant les techniques d’écoute s’intéressent aux antécédents médicaux et à la qualité des tissus tandis que pour les ostéopathes utilisant le plus souvent les techniques fonctionnelles, il s’agit du temps de consultation.
Le groupe composé des techniques de TOG, d’énergie musculaire, des techniques crânio-sacrées et des techniques HVBA paraît beaucoup plus s’appuyer sur ces critères. 

V. Discussion

Ce chapitre a pour but de discuter des résultats et analyses obtenues, non sous un angle, uniquement, factuel mais en tentant de les interpréter. Il a donc été observé, en restant prudent du fait de l’incertitude sur la représentativité de l’échantillon et d’absence de tests statistiques fiables, que certaines hypothèses peuvent être prises au sérieux, s’agissant de l’expérience, du rôle des informations liées au patient et à la consultation, du mode de pratique exclusif ou mixte et à moindre échelle de la formation continue. Les citations présentes dans ce chapitre sont issues des réponses à la question 30.
La formation des ostéopathes commence par un apprentissage en écoles, en instituts dont les programmes paraissent, à première vue, assez similaires. Les objectifs qui s’étalent de façon chronologique sont la découverte de la philosophie ostéopathique, l’indispensable apprentissage de l’anatomie et de la physiologie, l’acquisition d’une culture médicale importante, de manière à fixer des limites et à communiquer avec les autres professionnels de santé, la maîtrise des différentes techniques et la prise en charge des patients.
Dans le détail, il semble que la bonne maîtrise des manipulations à haute vélocité et basse amplitude soit une importante valeur ajoutée à la réussite des études, du moins, jusqu’au clinicat.
Ainsi, une majorité des étudiants se centrent, sans doute, davantage sur la maitrise des techniques structurelles dont les bases sont peut-être acquises plus rapidement au détriment des techniques où le ressenti semble être la qualité primordiale.
De plus, la prise en charge minutée en clinique, étant au demeurant un bon exercice, ne permet peut-être pas, toujours, aux élèves de prendre le temps nécessaire à l’apprentissage des techniques fonctionnelles, d’écoute tissulaire ou crânio-sacrées.
Une large majorité d’ostéopathes fraîchement diplômés, s’appuie, alors, sur les manipulations à haute vélocité et basse amplitude en utilisant les autres techniques en tant qu’adjuvants pour apporter du soin aux patients.
Le métier commence à rentrer, et les mains emmagasinent de plus en plus d’informations. Pendant quelques années, les ostéopathes font ce qu’ils peuvent en donnant le meilleur d’eux-mêmes. « Sans prétendre avoir la science infuse et en ayant conscience de ma jeunesse dans la profession, force m’est de constater que ce par quoi je me laisse guider avant tout est mon instinct.
Il faut, pour être entièrement honnête, ajouter à cela, en plus de tout ce qui a été évoqué dans le questionnaire, mon aisance avec certaines techniques et aussi le constat d’efficacité. »
C’est une phase enrichissante mais peu sécurisante, les jeunes ostéopathes se cassent les dents, ils expérimentent et chacun commence à échafauder son système : « la raideur du patient surtout me guide sur le type de techniques utilisées : utilisation du fonctionnel quand personne très raide pour ne pas me casser le dos, structurel quand personne se laisse aller » ou pour un autre « Le toucher (palpation skills) est central dans le choix de mes techniques. Apres l’historique médical, je mets de cote ce que j’ai entendu et je laisse mes mains me renseigner sur les tensions et dysfonctions. En cas de douleur intense, j’utilise des outils plus mécanistes pour sortir le patient de la zone de douleur. En cas de problèmes chronique, j ;’ai plus recours a des techniques moins directes (fascia, cranial). »
Les formations continues deviennent à ce moment, comme à d’autres, intéressantes, car elles doivent permettre de sortir du bocal que constitue le cabinet, c’est le moment d’échanger, de s’informer, de comparer ou de s’ouvrir à des domaines (pédiatrie) ou approches spécifiques (posturologie). Certains ostéopathes repartent d’une formation continue avec un nouveau point de vue, une nouvelle façon d’aborder le patient et abandonnent plus ou moins les techniques qu’ils utilisaient jusque là : le lien mécanique, l’ostéopathie biodynamique…
La main a fait des progrès, les techniques qui étaient difficiles à mettre en place pendant les études sont mieux expérimentées et plus pratiquées (techniques fonctionnelles pour les catégories 4-10 et 11-15 ans) ; d’autres techniques sont sans doute redécouvertes à la lumière des ressentis emmagasinés (par exemple la technique HVBA pour les ostéopathes de 16-20 ans d’expérience). La pratique de l’ostéopathe évolue au même rythme qu’évolue l’homme ou la femme qui l’exerce, avec une meilleure connaissance du monde et des rapports humains mieux compris. La majorité des ostéopathes de 20 années et plus d’expérience de cet échantillon pratique l’écoute tissulaire comme technique principale, ayant préféré la contemplation à l’action. L’expérience, donc le temps, est certainement l’acteur le plus important pour expliquer la diversité des pratiques car c’est sous son influence que des changements de points de vue et donc de pratiques peuvent s’opérer.
La nature des techniques utilisées et la façon de les employer est, sans doute un révélateur de l’intention thérapeutique du praticien. Les résultats ont montré une possible corrélation entre la technique et l’intention thérapeutique. Mais cela paraît réducteur d’affirmer que la nature de la technique serait forcément, toujours, liée à la même intention. L’action thérapeutique d’une technique représente sa nature associée à une intention.
Les résultats au sujet de la définition de l’ostéopathie n’ont pas été très clivant car la philosophie est le terme que reprend une majorité d’ostéopathe dans chaque catégorie sauf pour le TOG. La philosophie est en effet le pilier principal de l’ostéopathie décrite par STILL A.T. et les participants ne l’ont, à priori pas oublié. Certains participants au questionnaire ne pouvant faire un choix ont formulé des propositions de définition : « comme le disait Gallien, élève d’Hippocrate, la philosophie et la médecine ne sont pas plus dissociable que la psyché et le soma. L’ostéopathie est un art qui réconcilie la médecine avec la philosophie. ».Les résultats en rapport avec le traitement Général ostéopathique montre que c’est la notion d’ « art » qui est majoritaire, et ceci peut s’expliquer en rappelant que le TOG est une routine, rythmique qui se travaille comme des gammes de danses.
Chaque patient est différent et chaque ostéopathe a donc nécessité de s’adapter. Les résultats ont laissé apparaître la présence de deux groupes distincts dont l’un utiliserait beaucoup les informations liées au patient ou à la consultation (HVBA, Energie musculaire, cranio-sacrée, TOG).Le deuxième groupe, au contraire, ne choisirais pas ou peu ses techniques en fonction de ces informations ( Fascias, fonctionnelles, écoute tissulaire).En résumant, il pourrait être dit qu’un groupe choisi ses techniques de manière analytique alors que l’autre groupe utilise sa palpation fine afin de le guider vers telle ou telle technique.
Le mode d’exercice en termes d’exclusivité ou de mixité du titre laissent apparaître des différences notoires entre les deux groupes, soit en ce qui concerne la technique principale soit pour les fréquences d’utilisation de toutes les techniques. Ces résultats sont difficiles à expliquer et les différences d’effectifs entre les deux groupes excluent une extrapolation à fort indice de confiance. Ceci étant dit, le passé des ostéopathes « mixtes » (ici quasiment tous masseur-kinésithérapeute) est peut être riche de formations de thérapies manuelles ayant eu comme vertu de travailler la palpation, la perception les ayant plus naturellement orientés vers des techniques comme les fascias, l’écoute tissulaire, les techniques fonctionnelles. 

VI. Autocritique

Lorsque s’on s’essaye, pour la première fois, à ce type d’études (quantitatives), plusieurs pièges minent le chemin.
Le mode d’échantillonnage aléatoire est très difficile à réaliser mais serait le seul à ne pas recruter d’échantillon biaisé.
Le calcul de l’effectif doit être réalisé avant de lancer le questionnaire afin d’obtenir des marges d’erreurs les plus faibles possibles.
Une des étapes cruciales consiste en la réalisation d’un questionnaire qui doit vraiment être très élaboré sans quoi il est possible de se retrouver avec une quantité d’informations inexploitables. Le questionnaire de cette étude mériterait une refonte globale, en fusionnant certaines propositions de réponses (de type souvent, très souvent ou rarement et négligeable), ou les questions qui ne servent pas le sujet.
L’organisation en termes de temps, est difficile à gérer car la rédaction du questionnaire et le recueil des informations peuvent prendre plusieurs mois (ici quatre mois) pendant lesquels aucune analyse n’est possible.
Ce travail aura cependant fait ressortir quelques idées intéressantes qu’il serait judicieux d’étudier plus en avant mais plutôt une par une. 

VII. Conclusion

L’objectif de ce travail était de mettre en évidence des éléments pouvant permettre d’expliquer la diversité des pratiques d’un ostéopathe à l’autre. Un questionnaire, ciblé sur ces éléments devait permettre de recueillir des données qui devaient faire apparaître des résultats allant dans le sens des hypothèses préconçues.
L’échantillonnage biaisé, d’une indice de confiance faible, ne permet, raisonnablement pas d’extrapoler certains résultats, avec certitude à la population totale des ostéopathes.
L’observation des résultats tend à montrer que l’élément « expérience », joue un rôle dans la diversité des pratiques ostéopathiques en séparant fortement les très jeunes ostéopathes des autres quant à la manière d’utiliser leurs techniques.
L’Etude des informations liées au patient (antécédents médicaux, qualité des tissus…) a permis de voir naître deux groupes dont un qui semble analyser les informations afin de choisir la technique à employer et l’autre n’y portant que peu d’attention.
Si toutes les techniques ostéopathiques ont pour objectif de rendre la mobilité, une philosophie propre à certains groupes de techniques semble exister, il paraît alors possible de penser qu’elles ne peuvent pas se substituer les unes aux autres car ayant une action définie. Cependant, il serait intéressant d’étudier les façons d’employer une technique en fonction de l’intention donnée par le praticien : l’ostéopathe ayant l’intention de corriger et celui voulant guider ou accompagner pratiqueront ils, par exemple, les techniques structurelles la même manière ?
« Philosophie » est la définition choisie par la majorité des ostéopathes sauf pour ceux pratiquant le Traitement général ostéopathique comme technique principale qui décrivent l’ostéopathie comme un art. La définition représente plus un élément de rassemblement que de clivage.
Des différences notables de pratique ont été mises à jour entre le groupe des ostéopathes exclusifs et celui des ostéopathes mixtes. Si ces résultats ne sont pas des erreurs, ils semblent difficiles à expliquer, l’étude spécifique de ce paramètre serait intéressante à réaliser.
La variable formation continue, n’a pas pertinemment été mise en relief et peu de conclusions quant à son rôle sont donc émises.
Afin de continuer ce travail, deux options paraissent intéressantes et devraient éviter les écueils rencontrés. Cette étude a eu pour vertu de baliser un peu le terrain mais il serait sans doute judicieux d’y ajouter une étude qualitative basée sur des interviews d’ostéopathes (sous forme de questions ouvertes) afin qu’ils puissent s’exprimer avec leurs propres mots. La deuxième option, serait de segmenter cette étude et d’approfondir les hypothèses une par une. 

VIII. Bibliographie

CHAUFFOUR, P. e. (2003). Le lien mécanique. Vannes : Sully.
DUVAL, A. (2004). L’ostéopathie fondamentale : Techniques ostéopathiques d’Equilibre et d’Echanges réciproques – Introduction à l’approche ostéopathique du Dr Rollin Becker. Paris : Editions Sully.
FEELY, R. A. (2000). Clinique ostéopathique dans le champ crânien : les grands textes fondateurs. Paris : Editions Médicales Internationales.
HEMATY, F. (s.d.). Le TOG : Traitement Ostéopathique général à l’ajustement du corps. La ligne européenne STILL, LITTLEJOHN, WERNHAM. Paris : Editions Sully.
HULETT, G. (2011). Manuel de principes de l’ostéopathie. Vannes : Sully.
ISSARTEL, L. e. (1983). L’Ostéopathie exactement. Paris : Robert Laffont.
LIEVOIS, T. ( 1999). Les manipulations ostéopathiques de la colonne vertébrales. Aix en Provence : De verlaque.
MAIGNE, R. (1989). Diagnostic et traitement des douleurs communes d’origine rachidienne. Paris : 3eme edition paris : expansion scientifique.
STILL, A. (1999,2003). La philosophie de l’ostéopathie. Vannes : Sully.
STILL, A. (2001). Ostéopathie recherche et pratique. Vannes : Sully.
SUTHERLAND, W. G. (2002). Enseignement dans la science de l’ostéopathie. Paris : Editions Médicales Internationales.
TRICOT, P. ( 2002). Approche tissulaire de l’ostéopathie, un modèle du corps conscient. Paris : Edition Sully.
TRICOT, P. (2005). Approche tissulaire conscient de l’ostéopathie : Livre 2 Praticien de la conscience. Paris : Editions Sully Paris, 2005.
TROWBRIDGE, C. (1999-2010). Naissance de l’ostéopathie. Vannes : Sully.
UPLEDGER, J. (1989). Thérapie crânio sacrée. Frison Roche, Paris.
ZILBERMANN, S. (1991). Architecture crânio-sacrée. Aix en Provence : De Verlaque. 

Table des annexes

Annexe 1 : Questionnaire
Annexe 2
Annexe 3
Distributions des techniques principales en fonction du mode d’exercice (%)
Annexe 4
Techniques souvent ou très souvent utilisées en fonction du mode d’exercice (%)
Annexe 5
Technique principale en fonction du nombre d’années d’exercice (%) XII
Annexe 6
Techniques utilisées « souvent ou très souvent » en fonction du nombre d’années d’expérience (%)
Annexe 7
Intention thérapeutique en fonction de la technique la plus utilisée (%)
Annexe 8
Technique la plus utilisée en fonction des différentes définitions de l’ostéopathie(%)

Le Site de l’Ostéopathie remercie Erwan SÉNÉCHAL de l’avoir autorisé à publier son mémoire

1ère publication sur le SDO le 24-09-2014


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