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La Revue de l’Ostéopathie n° 26

vendredi 7 mai 2021 par La Revue de l’Ostéopathie

Éditorial

Analyse de données et p-valeurs

Les notions que nous abordons ici seront nouvelles pour certains d’entre vous, et déjà connues pour d’autres. De la découverte à la révision, la lecture de cet éditorial est donc susceptible d’être utile à chacun.
Student, Khi-deux, analyse de variance... sont des appellations de tests couramment utilisés en statistique inférentielle, l’inférence étant l’action de déterminer les caractéristiques d’une population à partir d’un échantillon. Ces tests sont également appelés tests d’hypothèse car leur objectif est de permettre au chercheur de prendre une décision face à un résultat en faisant un choix entre deux hypothèses, en fonction du résultat du test, consistant à calculer une p-valeur (ou valeur p, ou p-value pour les anglais). Dans le domaine biomédical, le seuil – appelé α – de cette p-valeur est couramment de 0,05 (5 %) . La différence est dite significative si p ≤ α , et non significative si elle lui est supérieure. Cette prise de décision prend tout son sens en recherche clinique lorsque, par exemple, l’on cherche à comparer l’efficacité d’une nouvelle prise en charge thérapeutique avec un traitement de référence. Il y a en effet deux et seulement deux possibilités pour ces traitements :

- leur efficacité est équivalente : on parle alors, par convention, d’hypothèse nulle, encore appelée H0 ;
- leur efficacité est différente : c’est l’hypothèse alternative, appelée H1.

À ce stade, on peut trouver que cette dichotomie manque de subtilité... en effet, elle ne prend pas en compte l’importance de la différence, mais ce point mériterait un développement complet. Donc, par simplification pour l’instant, examinons les quatre possibilités théoriques que l’expérimentation offre par rapport à ces deux hypothèses H0 et H1, en prenant l’exemple de la comparaison de l’efficacité de deux thérapeutiques, par l’analyse de la différence de deux moyennes d’une variable quantitative, quelle qu’elle soit (score d’une échelle de qualité de vie, d’une EVA, d’une échelle fonctionnelle...) :

1 : les deux traitement ont une efficacité réelle équivalente et la p-valeur calculée pour la différence observée est supérieure au seuil α de 5 %. La différence n’est pas significative, l’hypothèse nulle n’est pas rejetée. La conclusion est conforme à la réalité, il n’y a pas d’erreur dans son interprétation. La probabilité que le hasard provoque une telle différence dans les données est considérée comme trop importante pour que l’hypothèse nulle soit rejetée.

2 : les deux traitement ont une efficacité réelle différente et la p-valeur calculée pour la différence observée est inférieure au seuil α de 5 %. La différence est significative, l’hypothèse nulle est rejetée. La conclusion est conforme à la réalité, il n’y a pas d’erreur dans son interprétation. La probabilité que le hasard provoque une telle différence dans les données est considérée comme suffisamment faible pour que l’hypothèse nulle soit rejetée.
3 : les deux traitement ont une efficacité réelle équivalente et la p-valeur calculée pour la différence observée est inférieure au seuil α de 5 %. La différence est significative, l’hypothèse nulle est rejetée, a tort. La conclusion est erronée, et ce risque d’erreur appelé erreur de type I, ou erreur de première espèce, est exprimé par la p-valeur calculée par le test statistique.
4 : Les deux traitement ont une efficacité réelle différente et la p-valeur calculée pour la différence observée est supérieure au seuil α de 5 %. La différence n’est pas statistiquement significative, l’hypothèse nulle ne peut pas être rejetée alors qu’elle est fausse. Il s’agit d’une erreur de type II, ou erreur de deuxième espèce.

Bien évidemment, on ne sait jamais si l’on est sous H0 ou sous H1 – si on le savait, il serait superflu de faire une expérimentation... – la p-valeur est seulement est une aide à la décision pour le chercheur. Lorsqu’elle est inférieure à 0,05, le chercheur rejette l’hypothèse nulle. Le risque d’erreur est consenti et calculé par la p-valeur et s’interprète comme la probabilité de rejeter à tort l’hypothèse nulle : par exemple, pour une p-value = 0,03, la probabilité que le hasard cause une telle différence est de 3 %. Il est possible également de considérer qu’il y a 97 % de chances que le chercheur ait raison de conclure à la différence d’efficacité des deux traitements. En revanche, face à une p-valeur > 0,05, le chercheur ne rejette pas l’hypothèse nulle. Les risques de type I et II ne sont pas symétriques, et il est impossible de conclure. Sous hypothèse alternative, cette situation est généralement due à un manque de puissance statistique lorsque les effectifs sont faibles. Cependant, cette interprétation n’est défendable que lorsque la p-valeur est proche du seuil de signification, et que la différence entre les moyennes est cliniquement significative.

Pendant que les membres du comité éditorial préparent le prochain numéro, nous vous souhaitons une très bonne lecture de ce numéro 26.

Robert Meslé
Rédacteur en chef

Nous remercions Roland Fonteneau, Yannick Mullié, Achraf Traboulsie pour leur contribution à ce numéro, ainsi que ceux qui ont souhaité conserver l’anonymat.

Sommaire

Éditorial, Robert Meslé

L’amélioration de la scientificité de la formation en ostéopathie
Une porte vers la recherche scientifique ?
Emmanuel Burguete, Jérôme Nourry, Florent Brière, Jessica Ropert, Cédric Scribans

Résumé
Pour qu’une profession puisse être autonome scientifiquement, il faut qu’elle soit en mesure de s’autoévaluer. Aujourd’hui, faute de suffisamment de chercheurs ostéopathes, l’ostéopathie n’a pas encore la capacité d’effectuer cette mission et donc de justifier auprès des patients et des pouvoirs publics de son efficacité. Le cursus de formation en ostéopathie a toujours eu pour vocation de former des praticiens et non des chercheurs. Nous pensons que cela doit évo-luer en améliorant l’identité scientifique des étudiants à la fois par la formation, mais aussi en utilisant comme modèles leurs formateurs qui vont se former à l’université. Afin d’identifier les champs de recherche qui seront nécessaires à l’amélioration de la qualité d’une consultation en ostéopathie, nous avons mis au point une grille d’analyse sous forme de modèle qui a vocation à repérer les relations possibles entre un ostéopathe, un patient et l’ostéopathie. À partir de ce modèle, nous proposons d’abord une adaptation du cursus en méthodolo-gie de recherche en hybridant la formation. Ensuite, nous proposons d’intégrer le diagnostic ostéopathique dans un processus d’ingénierie afin d’identifier les moments précis pour lesquels un apport scientifique est requis.

Méthodologie de la recherche en ostéopathie : prévenir les biais et les limites des essais cliniques.
Gourjon G, Clabau A, Romanet F, Fournier C. 
La Revue de l’Ostéopathie. 2021 ;26:17-56.

Résumé
Malgré son essor international cette dernière décennie, la recherche en ostéopathie peine à s’installer en France. Bien des essais cliniques, en particulier dans le cadre des mémoires de fin d’études, souffrent de biais méthodologiques importants, discréditant le travail pourtant sérieux des étudiants et des chercheurs.
Afin de hisser les essais cliniques en ostéopathie au niveau des essais dans le domaine médical, il est primordial de connaître les biais et les limites couramment rencontrés dans les protocoles de recherche clinique. Les publications traitant de méthodologie se révèlent néanmoins obscures pour ceux dont la discipline n’est pas à la base de leur formation. Ainsi, introduire les biais méthodologiques suivant une approche didactique et compréhensible par les étudiants et les ostéopathes nous apparaît nécessaire.
Cet article décrit le protocole de revue narrative et le protocole ayant permis de concevoir un guide à destination du chercheur ou de l’étudiant en ostéopathie. La présentation de cet article s’appuie sur les recommandations PRISMA. Le guide qui en découle s’articule autour des limites et biais majeurs s’appliquant à chaque étape d’un protocole d’un essai clinique contrôlé randomisé : recherche bibliographique, sélection des participants, allocation et randomisation, anamnèse et interrogatoire, tests et traitement ostéopathiques, analyse des données, et publication des résultats. Pour chaque biais et limites sont présentés un descriptif, des exemples rattachés à l’ostéopathie et des solutions concrètes à mettre en place pour les limiter, voire les éviter. Le guide est librement téléchargeable.
Mots-clés : Biais de sélection, Biais de publication, Essai contrôlé randomisé, Méthodes, Protocoles cliniques

Réflexion sur les fondements de la pratique ostéopathique et de son enseignement
Lepers Y. 
La Revue de l’Ostéopathie. 2021 ;26:25-30.

Résumé
L’ostéopathie naît au XIXe siècle d’une tentative, parmi d’autres, de théoriser une médecine jugée trop empirique. Partant du principe vitaliste selon lequel des « semences de vie (blood seed) » circulent dans nos artères afin d’entretenir la perfection du vivant, différents concepts vont être imaginés pour décrire ce qui pourrait faire barrage à leur bonne circulation. C’est ainsi que les notions de lésion et de dysfonction ostéopathique, feront des techniques manuelles les outils de choix pour remédier aux « blocages » susceptibles d’altérer l’action régénératrice de ces semences de vie. Aujourd’hui les ostéopathes peinent à trouver un modèle théorique en adéquation avec les sciences biomédicales modernes. Or la clinique nous montre chaque jour que la douleur, et plus particulièrement musculo-squelettique, est au centre de nos consultations. Il est donc temps de s’interroger et de mettre en place des protocoles expérimentaux afin d’élucider les processus neuro-physiologiques susceptibles d’expliquer et de justifier nos actes et notre prise en charge du patient. L’enjeu pour l’avenir de l’ostéopathie est grand. Selon que les représentants de la profession la définissent au travers de concepts éculés ou en fonction des données fournies par la neurophysiologie et la recherche clinique, celle-ci sera réduite à une profession de bien-être ou figurera parmi les professions de santé de première ligne.
Mots-clés : Ostéopathie, Epistémologie, Empirisme, Enseignement

Portrait des ostéopathes pratiquant dans la province du Québec au Canada : résultats d’un questionnaire indépendant. Deuxième partie.
Lalonde F, Fatisson J, Pelletier R, Gosselin Boucher V, Oswald V, Mullié Y, Comtois AS. 
La Revue de l’Ostéopathie. 2021 ;26:31-6.

Résumé
Contexte : Les consultations en ostéopathie au Québec gagnent de plus en plus en popularité au sein de cette province canadienne. Cependant aucune information publique ne détaille le profil de techniques manuelles ostéopathiques utilisées par les ostéopathes travaillant au Québec.
Méthodes : Les participants ont été recrutés pour répondre au questionnaire inspiré d’une étude américaine et validé par l’équipe. Le questionnaire a été envoyé par courriel (SurveyMonkey), via les différentes associations d’ostéopathes et le média social Facebook. Le sondage était composé de 82 questions, allant de l’information démographique et le cursus jusqu’à connaitre la fréquence et la préférence d’utilisation de plusieurs groupes de techniques.
Résultats : Le sondage a été complété par 229 praticiens, sur une population d’environ 2 000 ostéopathes, représentant donc un taux de réponse de 11,5 %. L’analyse descriptive du portrait des ostéopathes québécois quant à leur cursus et d’autres données sociodémographiques a été présentée dans un article précédent. Les techniques articulaires, de Muscle Energy, myofasciales, crâniennes et viscérales ont été décrites comme étant utilisées de souvent à très souvent par plus de la moitié des répondants. Les ajustements à haute vélocité et faible amplitude semblent être utilisés souvent à très souvent par 39 % des répondants.
Conclusion : La pratique des ostéopathes québécois est éclectique et implique l’utilisation de diverses techniques ostéopathiques, parmi lesquelles les techniques viscérales et crâniennes figurent comme étant utilisées de façon prépondérante par la majorité des répondants.
Mots-clés : Ostéopathie, Pratique professionnelle, Enquêtes et questionnaire

Livres

Lexique de biostatistique et d’épidémiologie clinique. Mustapha Bouziani - Librairie Eyrolles
Manuel d’analyse qualitative. Christophe Lejeune - De Boeck
Rhumatologie pour les thérapeutes manuels - Kinésithérapeutes, Ostéopathes, Chiroprateurs : L’appareil locomoteur : de sa physiologie aux traitements des rhumatismes. Bernard Mazières - Sauramps Médical
Le questionnaire. François de Singly - Armand Colin 

Summary

ForewordRobert Meslé

Improving the Scientificity of Osteopathic training : a path toward Scientific research
Emmanuel Burguete, Jérôme Nourry, Florent Brière, Jessica Ropert, Cédric Scribans

Abstract
In order for a profession to be scientifically independent, it needs to be able to self-assess. Today, due to a lack of osteopath researchers, Osteopathy cannot, yet, self-assess, thus cannot justify its efficiency in front of Patients and Public Authorities. The Osteopathic cursus always aimed to train physicians and not researchers. We think this has to change. The scientific Identity of the students can be improved through two channels : first within training, and secondly in using their University trained teachers as role-models. In order to identify the fields of research that will be necessary to improve the quality of an osteopathic treatment, we devised a model for Data analysis. This model aims to identify possible interactions between an osteopath, a patient and Osteopathy. From this model, we suggest first to alter the syllabus in research Methods through hybrid teaching, then to integrate the osteopathic diagnosis within an engineering process in order to identify exactly when a scientific input is required.

Research Methodology in osteopathy : forestalling biases and limiting factors in clinical trials
Gourjon G, Clabau A, Romanet F, Fournier C.
La Revue de l’Ostéopathie. 2021 ;26:17-56.

Abstract
Despite international development along the last decade, Osteopathic Research is still difficult in France. Numerous Clinical Trials, especially when realized during degree projects, suffer from major methodologic biases, undermining hard work from students and researchers.
In order to bring Osteopathic clinical trials up to the scientific level of medical trials, knowledge of frequent biases and limiting factors in Clinical Research protocols is essential. However current publications on methodology tend to be murky for people untrained in this aspect. Therefore, it appears necessary to introduce methodology biases through a more didactic and understandable approach.
This paper describes the narrative review protocol and the protocol used to design a handbook for researchers and osteopathic students. This paper follows the PRISMA Statement guidelines. The resulting Handbook is organised around major limiting factors and biases, following every step of a randomised controlled clinical trial : literary review, subjects’ selection, allocating and randomisation, case history and examination, tests and osteopathic treatment, Data analysis, and results publication. For each bias and limit we present : a description, Osteopathy-related examples and practical solutions to implement in order to limit or even avoid them. This handbook can be downloaded free of charge.
Keywords : Selection Bias, Publication Bias, Controlled Clinical Trial, Methods, Research design, Random Allocation

Reflection about the bases for Osteopathic practice and its teachings
Lepers Y.
La Revue de l’Ostéopathie. La Revue de l’Ostéopathie. 2021 ;26:25-30.

Abstract
Osteopathy was born in the XIXth Century, out of an attempt, among others, to theorise a Medicine perceived as too empirical. Emerging from a vitalistic concept that « blood seed » flows in the arteries in order to maintain the perfection of the living being, several concepts will be created in order to describe what could alter their correct flow. This is how the notion of lesion, and of osteopathic dysfunction, will make manual techniques a choice tool to correct « blockades » that could impair the regeneration brought on by these « blood seeds ». Today, osteopaths have trouble devising a theoretical model adequate with modern biomedical science. However, clinical practice shows every day that Pain, mainly musculo-skeletal, is the centre of our consultations. It is high time to question ourselves and to devise experimental protocols in order to find out which neuro-physiological processes could explain and justify our actions and patients’ Care. What’s at stake is the future of Osteopathy. Whether the osteopathic profession’s representatives will define it through stale concepts or following Data provided by neurophysiology and Clinical Research, Osteopathy will be reduced to a well-being profession or will count among first line Health Care.
Keywords : Infant, Newborn, Sucking Behavior, Osteopathic Medicine, Randomized Controlled Trial

Portrait of Quebec (Canada) practising Osteopaths : results from an independent questionnaire. Part Two
Lalonde F, Fatisson J, Pelletier R, Gosselin Boucher V, Oswald V, Mullié Y, Comtois AS.
La Revue de l’Ostéopathie. 2021 ;26:31-6.

Abstract
Context :
Osteopathic Care popularity is increasing more and more in this Canadian province. However, there is no public information detailing the kind of manual techniques used by osteopaths working in Quebec.
Methods : Participants were recruited in order to answer to an American study inspired Questionnaire. This questionnaire was sent by email (SurveyMonkey) through several associations and the social media Facebook. This survey included 82 questions, going from demographic information and cursus down to frequency and use preference for different types of techniques.
Results : The Survey has been filled by 229 practitioners out of around 2000 osteopaths, which gives an answer ratio of 11.5%. The descriptive analysis of cursus and sociodemographic data of Quebec Osteopaths has already been done in a previous article. Articular, Muscle Energy, myofascial, cranial and visceral techniques were described as used from often to very often by over 50 percent of respondents. HVLA (high velocity low amplitude) adjusting appears to be used often or very often by 39% of the respondents.
Conclusion : Osteopathic Practice in Quebec Osteopaths appears to be eclectic and implies the use of diverse osteopathic techniques, among which visceral and cranial techniques appear to be the most used by the majority of the respondents.
Keywords : Osteopathic Medicine, Professional Practice, Surveys and Questionnaires

Books

Lexique de biostatistique et d’épidémiologie clinique. Mustapha Bouziani - Librairie Eyrolles
Manuel d’analyse qualitative. Christophe Lejeune - De Boeck
Rhumatologie pour les thérapeutes manuels - Kinésithérapeutes, Ostéopathes, Chiroprateurs : L’appareil locomoteur : de sa physiologie aux traitements des rhumatismes. Bernard Mazières - Sauramps Médical
Le questionnaire. François de Singly - Armand Colin


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