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Exploration du soulagement ressenti par des patients lombalgiques chroniques pris en charge par des ostéopathes : quelle place pour les facteurs psychosociaux ?

Anne LECLERCQ & Nathalie THIERRY
 
lundi 20 avril 2015 par Anne LECLERCQ & Nathalie THIERRY

Exploration du soulagement ressenti par des patients lombalgiques chroniques pris en charge par des ostéopathes
Quelle place pour les facteurs psychosociaux ?

Anne LECLERCQ & Nathalie THIERRY


Thèse pour le Diplôme d’État de docteur en médecine - Qualification en médecine générale, présentée et soutenue le 14 octobre 2014

Président : Monsieur le Professeur Erick Legrand - Directeur : Monsieur le Professeur Jean-François Huez - Université d’Angers - Faculté de médecine


Résumé

Contexte. La lombalgie chronique est complexe dans sa prise en charge, avec l’existence de nombreux facteurs de chronicisation dont les facteurs psychosociaux. L’ostéopathie, elle, semble en plein essor vu l’accroissement constant du nombre d’ostéopathes ni kinésithérapeute, ni médecin (ostéopathe ni-ni) en France.
Objectif. Réunir des éléments pouvant faire penser que le soulagement ressenti par des patients lombalgiques chroniques ayant recours à l’ostéopathie n’est pas lié uniquement à l’effet antalgique des manipulations et que certains de leurs facteurs psychosociaux ont pu être pris en compte au cours de leur prise en charge.
Méthode. Méthode qualitative par entretiens semi-dirigés. 17 patients lombalgiques chroniques ayant consulté un ostéopathe ni-ni ont été interrogés sur leur ressenti autour de la consultation et de leur lombalgie chronique. Une analyse thématique des verbatim a été conduite.
Résultats. Les patients décrivaient un soulagement avec l’ostéopathie qui se situait au-delà de l’effet de la manipulation sur la douleur, qui souvent persistait ou récidivait à court terme. Une partie de ce soulagement pouvait être favorisé par l’entretien approfondi de l’ostéopathe, sa disponibilité et son écoute. Des facteurs psychosociaux ont été mis en évidence chez pratiquement tous les patients, mais il n’y avait pas d’éléments évoquant qu’ils ont été pris en charge spécifiquement.
Conclusion. Les patients étaient satisfaits de la prise en charge ostéopathique même s’ils restaient douloureux. Il n’existait pas d’arguments pour penser que les ostéopathes intégraient les facteurs psychosociaux des patients dans un modèle biopsychosocial ou pour penser que les patients étaient soulagés spécifiquement grâce à leur évocation. Une étude recherchant la prise en compte de ces facteurs psychosociaux par des ostéopathes ni-ni serait intéressante.


Abstract

Context. Treatment of chronic low back pain is complex, and is associated with the existence of a lot of factors of chronicisation, implying the psychosocial factors. Osteopathy is gaining importance, as we observe the increasing number of osteopath neither physiotherapist nor medical doctor (the ni-nis) in France.
Objective. Finding elements that would lead to think that the relief feeled by chronic low back pain patients using osteopathic treatment is not only due to the antalgic effect of the manipulations, and that some of their psychosocial factors were taken into account during the care.
Method. Qualitative with semi-directed interviews. 17 patients with chronic low back pain consulting osteopath “ni-ni” were interviewed about their feeling during the consultation and their chronic low back pain. A thematic analysis of the verbatim was conducted.
Results. Patients have described a relief using osteopathic treatment that was beyond the effect of the manipulation on the pain, which often persisted or came back at short term. A part of this relief could be increased by the precise interview with the osteopath, his receptiveness, and his capacity to listen. Psychosocial factors were present in nearly all the patients interviews, but there was no argument to think that they were taken care of specifically.
Conclusion. Patients were satisfied by the osteopathic treatment even if they remained painfull. There was no argument to think that the osteopaths were integrating their in a biopsychosocial model or to think that the patients were relieved specifically by their evocation. A study considering the point of view of osteopath about the role of psychosocial factors in their treatment could be interesting.


Introduction

La lombalgie commune aigüe est une « affliction intermittente et récurrente de la vie avec des épisodes variant en intensité et en durée ». [1] Ainsi, 60 à 90% des personnes souffriront de lombalgie à un moment ou l’autre de leur vie, mais seulement 5 à 7% des lombalgies vont évoluer après 3 mois pour devenir une douleur chronique. [2 ; 3]

La plainte lombalgique est caractérisée par une atteinte fonctionnelle et une douleur. Par définition la douleur est une « expérience sensorielle et émotionnelle désagréable, liée à une lésion tissulaire réelle ou potentielle ou décrite en terme évoquant une telle lésion ». [4] Selon J.Y. Maigne, c’est une affection mal caractérisée, « difficile à traiter et pour tout dire ingrate ». [5] L’interprétation de la plainte et de l’examen clinique peut être complexe du fait de la multi-causalité de cette pathologie. [3 ; 6] De nombreuses études épidémiologiques ont permis de déterminer précisément les facteurs de chronicisation de la lombalgie. Parmi ces facteurs, les facteurs psychosociaux (FPS) liés au travail et à l’individu (voir annexe 2). [3 ; 6 ; 7 ; 8] Leur rôle n’est plus à démontrer mais leur prise en charge reste difficile.

Ainsi, les thérapeutiques disponibles ne suffisent pas à prévenir la chronicisation de certaines plaintes lombalgiques, ou leur rechute. [7] Cet échec relatif de la médecine peut pousser certains patients à se tourner vers des médecines non conventionnelles comme l’ostéopathie.

Cette dernière semble dans certains cas leur apporter une réponse, et une efficacité. Sa place dans l’ensemble des possibilités thérapeutiques est cependant discutée. [9]

La démarche ostéopathique diffère de la démarche clinique médicale. Selon P. JAVERLIAT, ostéopathe, les « champs de réflexion, d’investigation et d’action de l’ostéopathie, de la médecine et de la masso-kinésithérapie sont différents. La première porte sur le trouble fonctionnel et son traitement. La deuxième investit la pathologie et son traitement. La troisième explore les conséquences de la pathologie sur le mouvement humain afin de le restructurer ». [10] Le diagnostic ostéopathique va rechercher une « perte de mobilité », une « restriction » qui nécessitera un « traitement ostéopathique », appliqué à une cause anatomique.

Très installée dans les pays anglo-saxons, l’ostéopathie a pris un important essor en France depuis la loi du 4 mars 2002 officialisant son exercice.

Les résultats des études - majoritairement anglo-saxonnes - sont mitigés [11], concernant son efficacité concrète qui parait faible dans la lombalgie chronique [12 ; 13] même si elle conserve un intérêt dans la lombalgie aigüe. [13 ; 14] Comment expliquer l’engouement de certains patients lombalgiques chroniques pour cette démarche ? Certaines études suggèrent qu’une expérience positive pourrait modifier le ressenti de la douleur. [15 ; 16] Serait-il possible qu’une action sur la composante émotionnelle de la douleur soit mise en jeu au cours de la prise en charge ostéopathique ?

La pratique actuelle de l’ostéopathie est hétérogène, et peut-être favorisée par le remboursement partiel de certaines mutuelles. En janvier 2014, on comptait en France 1.724 médecins ostéopathes, 7.539 kinésithérapeutes ostéopathes, contre 12.249 ostéopathes ni médecins ni kinésithérapeutes (ni-ni). [17] Ces derniers sont les plus répandus et les plus connus du grand public, leur pratique est peu connue des médecins.

Dans quelle mesure les patients lombalgiques chroniques qui consultent un ostéopathe ni-ni ressentent-ils un soulagement ? L’évocation des facteurs psychosociaux avec l’ostéopathe en fait-elle partie ?

L’objectif de cette étude était d’explorer le ressenti de patients lombalgiques chroniques concernant leur prise en charge ostéopathique : le soulagement lié à la séance pouvait-il être en partie lié à de facteurs psychosociaux ?


Table des matières

LISTE DES ENSEIGNANTS DE LA FACULTE
COMPOSITION DU JURY
SIGLES ET ABREVIATIONS
PLAN
RESUME / ABSTRACT
INTRODUCTION
MATERIEL ET METHODE
 Constitution de l’échantillon
 Les entretiens et les thèmes abordés
RESULTATS
 Population
 I/ Le parcours de soin ostéopathique
 II/ La séance d’ostéopathie
  Une prise en charge centré autour de la manipulation et de la parole
  Le ressenti du patient vis à vis de sa prise en charge ostéopathique
  Les réponses proposées au patient par l’ostéopathe
 III/ Le patient et sa lombalgie chronique
  Le modèle explicatif évoqué par le patient au sujet de sa douleur ....
 Le retentissement de la lombalgie chronique au quotidien
 Des problématiques individuelles liées à son travail et à la vie personnelle
DISCUSSION
 Principaux résultats
 Forces et faiblesses de l’étude
 Peu d’éléments pour évoquer une prise en charge des facteurs psychosociaux de chronicité par l’ostéopathe
 Un constat paradoxal : des patients lombalgiques chroniques satisfaits
 Des similitudes apparentes entre l’ostéopathie et la démarche médicale mais des différences à ne pas négliger
 Une efficacité ressentie sans disparition de la douleur : hypothèses explicatives
CONCLUSION
BIBLIOGRAPHIE
TABLE DES MATIERES
ANNEXES
L’ostéopathie
 - Définition
 - Historique
 - Exercice de l’ostéopathie en France
Les facteurs psychosociaux et le concept biopsychosocial
 - Définition
 - Le modèle biomédical classique
 - Une remise en question nécessaire
 - L’émergence du modèle biopsychosocial dans les années 1980
 - Discussion autour du modèle biopsychosocial
 - Les facteurs de chronicisation de la lombalgie
Grille d’entretien
Verbatim
Extraits de verbatim intégrés au plan des résultats


Références

[1] Hadler N-M. Poignardé dans le dos, affronter le mal de dos dans une société surmédicalisée. Canada : Les presses de l’université de Laval ; 2011.
[2] INRS. Les lombalgies. 2010. https://www.inrs.fr/dms/inrs/GenerationPDF/accueil/risques/lombalgies/Lombalgie.pdf
[3] Ngyen C, Poiraudeau S, Revel M & al. Lombalgie chronique : facteurs de passage à la chronicité. Revue du Rhumatisme 2009 ; 76 : 537–542.
[4] HAS. Douleur chronique : reconnaître le syndrome douloureux chronique, l’évaluer et orienter le patient. Décembre 2008. https://www.chu-toulouse.fr/IMG/pdf/douleur_chronique_recommandations.pdf
[5] Maigne J-Y. Le mal de dos pour une prise en charge efficace. Paris : Elsevier Masson ; 2009.
[6] Bernard , Chaleat-Valayer, Le Blay, Roussouly. Facteurs de chronicisation des lombalgies. Montpellier : Sauramps Médical ; 2012.
[7] Valat J-P. Factors involved in progression to chronicity of mechanical low back pain. Revue du Rhumatisme 2005 ; 72 : 373-375.
[8] Trouchon M, Fillion L. Les déterminants biopsychosociaux de l’incapacité chronique liée aux lombalgies. Une recension systématique des écrits. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2048325
[9] Rossignol M & al. Clinique des Lombalgies interdisciplinaires en première ligne. https://www.oeq.org/DATA/NORME/25 v clip_lombalgies-guide.pdf
[10] Javerliat P. Réflexion sur le diagnostic. Apostill 2004 ; 14.
[11] Vautravers P, Isner-Horobeti M-E, Maigne J-Y. Manipulation vertébrale –Ostéopathie –Evidences / ignorances. Revue du Rhumatisme 2009 ; 76 : 405-409.
[12] Haas M, Vavrek D, Peterson D & al. Dose-response and efficacy of spinal manipulation for care of chronic low back pain : a randomized controlled trial. The Spine Journal 2013 ; 1106-16.
[13] Andersson G.B.J., Lucente T & al. A Comparison of Osteopathic Spinal Manipulation with Standard Care for Patients with Low Back Pain. N Engl J Med 1999 ; 341:1426-1431.
[14] Rubinstein SM, Terwee CB & al. Spinal manipulative therapy for acute low-back pain. Cochrane Database of Systematic Reviews 2012 ; Issue 9. Art. No. : CD008880. DOI:10.1002/14651858.CD008880.pub2.
[15] Koyama T & al. The subjective experience of pain : Where expectations become reality. PNAS 2005 ; 102(36) : 12950-5.
[16] Villemure C, BushnellC. Mood influences supra-spinal pain processing separately from attention.
J Neurosci. 2009 January 21 ; 29 (3) : 705–715.
[17] Registre des ostéopathes de France. Newsletter n° 6 : Démographie 2014, vers une stabilisation de la croissance... ? https://www.osteopathie.org/documents.php?url=newsletter-n-6---demographie-2014---vers-une-stabilisation-de-la-croissance-2_142.pdf


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