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Méthode et procédés permettant le diagnostic rapide

Dr J. Roger 1920
 
jeudi 30 septembre 2021 par Joseph-Justin-Adrien Roger

Méthode et procédés permettant le diagnostic rapide, au moment de la visite d’achat d’un cheval, des vices rédhibitoires et des maladies internes .

Par le Dr J. ROGER, vétérinaire-major de 2e classe, acheteur au dépôt de remonte d’Arles.

REVUE VÉTÉRINAIRE , n°5, mai 1920, p.265-281.


Travaux originaux - Pathologie et thérapeutique

Consultation d’achat


Nous nous proposons d’examiner dans ce travail une des parties les plus importantes — et peut être la plus négligée — de la consultation d’achat. Ne tenir compte au cours de cette opération, que de la race, du sang, du modèle, des tares molles ou dures, de l’état des pieds et même des vices rédhibitoires, c’est opérer comme si dans l’examen d’un véhicule automobile on se préoccupait de la carrosserie et de la qualité de l’essence et si on négligeait une des parties essentielles : le moteur.

Des hommes d’allure athlétique avec des reliefs sculpturaux sont fréquemment éliminés du service militaire par les conseils de révision. Non seulement le médecin juge du développement corporel, du poids, de la taille, etc..., mais encore ausculte-t-il aux fins de dépister les affections organiques. Sa tâche est souvent facilitée par les déclarations de l’intéressé.

Le rôle du vétérinaire est plus difficile et plus ingrat. Non seulement on ne le met pas sur la voie, mais souvent le vendeur fait l’impossible pour dissimuler toute atteinte susceptible d’entraver la transaction. On pourrait objecter que la loi accorde des délais dans le but de permettre la rédhibition pour des affections qui peuvent être larvées au moment de la livraison et qui se démasquent ultérieurement. Il n’en est pas moins vrai qu’il est toujours désagréable d’intenter une action rédhibitoire qui occasionne des soucis, et une perte de temps sans compter que, parfois, les marchands ont donné un faux nom ou qu’ils sont insolvables. D’autre part, on peut être appelé à effectuer l’achat d’un cheval sans garanties aux établissements Tattersall, Chéri, etc..., ou à un simple particulier. Enfin, il est des affections non rédhibitoires qu’il est intéressant de dépister.

Pour toutes ces raisons, nous avons cherché une méthode et des procédés permettant de renseigner le praticien sur l’état des viscères au moment de la visite d’achat. La voie de nos investigations a été éclairée par l’anatomie et la physiologie, c’est-à-dire qu’elles ont une base scientifique et que nous répudions l ’empirisme.

Afin que le lecteur puisse utiliser notre méthode avec profit, il est indispensable qu’il se pénètre des notions fondamentales qui ont servi à l’établir. Nous montrerons tout d’abord que la surface du corps du cheval est un clavier dont les notes sont en syntonisation avec celles des viscères. Autrement dit que les viscères se projettent par voie nerveuse en certains points de la surface somatique de telle façon qu ’oii peut distinguer des zones gastriques, cardiaques, rénales, coliques, etc.,.

Après avoir exposé la topographie des projections viscéro-somatiques ou clavier équin, nous examinerons les névroses du cheval dont la connaissance nous permettra de faire la part entre les troubles fonctionnels et les troubles organiques, ces derniers ayant une signification plus grave car ils traduisent l’existence d’une lésion tandis que les autres, les troubles fonctionnels, peuvent disparaître soit spontanément soit du fait d’une médication appropriée.

À ces notions fondamentales feront suite des chapitres au cours desquels nous examinerons :

1° Les troubles digestifs organiques ou fonctionnels tels que : ptôses, gastropathies, entéropathies, auto-intoxications, affections hépatiques, etc... ;
2° Les troubles de l’appareil circulatoire : cardiopathies, aortites, cardiaques vrais et faux cardiaques, arythmies, etc... ;
3° Les troubles de l’appareil respiratoire et de l’appareil génito-urinaire ;
4° Le diagnostic des vices rédhibitoires : fluxion, tic, cornage, emphysème pulmonaire ;
5° L’influence de l’état des viscères sur le caractère du cheval ;
6° L’état de santé, le degré de sang, l’état d’entretien, les reliefs sculpturaux du cheval.


I. Le clavier équin


Pour être fixé sur l’état des organes par des procédés cliniques sans le secours de la radiographie et du laboratoire, il nous fallait disposer d’un moyen nous permettant de les interroger. C’est sur ce point que nous avons orienté nos premières recherches qui ont abouti à la notion du clavier. C’est au cours de nos études de pathologie digestive que nous avons pu établir l existence d’une projection viscéro-somatique par voie nerveuse et que nous avons communiqué à la Société Centrale de Médecine Vétérinaire, les résultats que nous avions obtenu (voir Bulletin de cette Société, juin 1916 et novembre 1917). Dans un ouvrage actuellement à l’impression, sur les coliques du cheval, nous montrons les applications du clavier équin dans la diagnose des coliques. Dans notre service spécial des remontes, nous avons utilisé le clavier au cours des visites d’achat et nous avons ainsi fait une moisson de faits intéressants que nous nous proposons de faire connaître au cours de ce travail.

La projection des viscères par voie nerveuse peut se faire par la voie du sympathique ou par celle du pneumogastrique encore désigné nerf vague ou nerf de la dixième paire crânienne. Nous examinerons successivement les projections d’origine sympathique et les projections d’origine pneumogastrique.


A. Projections empruntant la voie du sympathique.


Nous rappellerons que la moëlle épinière logée dans le canal rachidien envoie dans les différents organes internes des fibres nerveuses dont l’ensemble constitue le système sympathique ou système de la voie végétative, tandis que le système nerveux cérébro-spinal forme le système de la vie de relation. On a pu dire que le sympathique est une moëlle extra-rachidienne, ce qui exprime l’état de dépendance du système sympathique. La moëlle épinière est métamérisée, c’est-à-dire qu’on peut y distinguer autant de segments qu’il y a de vertèbres. Chaque segment donne naissance à un nerf qui, selon la région où il se distribue, prend le nom de cervical, dorsal, lombaire ou sacré. Mais, en outre des nerfs cérébro-spinaux, chaque segment émet des fibres sympathiques qui, au lieu de se diriger vers la périphérie comme celles des nerfs rachidiens, se dirigent vers les organes profonds et établissent la liaison entre le système cérébro-spinal et les viscères auxquels elles apportent l’influx nerveux et dont elles recueillent les informations. Avant d’atteindre les organes, elles effectuent des relais. Elles gagnent tout d’abord de petits ganglions placés en dehors et au-dessous de la colonne vertébrale au nombre de deux pour chaque segment médullaire placés symétriquement pair rapport à la colonne vertébrale, réunis par des filets commissuraux entre eux, ainsi qu’à ceux qui les précèdent et à ceux qui les suivent, constituant dans les régions dorsale, lombaire et sacré, une chaîne ganglionnaire. Les fibres ne s’épuisent pas dans les ganglions sympathiques ; elles les franchissent pour se diriger vers les viscères thoraciques, abdominaux ou pelviens. Les cinq premières paires sont destinées aux organes thoraciques : cœur, poumons, gros troncs vasculaires. Les fibres émanant du 6e ganglion, et de ceux qui : suivent, jusques et y compris. le 15e, se réunissent pour former un nerf qui est le grand splanchnique. Ce nerf traverse un ganglion volumineux dit ganglion solaire, et ses fibres se dirigent ensuite vers les différents viscères abdominaux. Les choses se passent comme si à la sortie du ganglion solaire les fibres se groupaient en trois faisceaux, le premier formé par les fibres façonnées par le 6e, 7e, 8e et 9e ganglions ; le deuxième par les fibres issues des 10e, 11e et 12e ganglions, et le troisième par les fibres émanées des 13e, 14e et 15e ganglions. Chacun de ces faisceaux rencontre un autre ganglion — le dernier — avant d’aborder les viscères. Nous désignerons ce dernier centre sous le nom de plexus solaire antérieur pour le premier faisceau, plexus solaire postérieur pour le deuxième, plexus mésentérique antérieur pour le troisième.

On pourrait comparer le ganglion solaire à un central téléphonique par lequel passent toutes les communications de la moëlle avec les viscères et des viscères avec la moëlle, car il existe des fibres centripètes et des fibres centrifuges.

Le plexus solaire antérieur tient sous sa dépendance : l’estomac, le foie, la rate, le pancréas, le duodénum.

Le plexus solaire postérieur innerve le grêle, le cœcum et la première moitié de l’anse colique.

Le plexus, mésentérique antérieur commande la deuxième moitié de l’anse colique, c’est-à-dire les 3e et 4e portions.

Les fibres émanées des derniers ganglions dorsaux se réunissent pour former le nerf petit splanchnique, dont les fibres terminales s’épuisent dans le rein et dans l’aorte abdominale.

Les fibres fournies par les ganglions lombaires constituent le plexus mésentérique postérieur qui innerve le colon flottant et le rectum.

Les ganglions sacrés donnent des fibres qui s’unissent à d’autres fournies par le plexus mésentérique postérieur pour former le plexus pelvien qui se distribue aux organes génito-urinaires (utérus, ovaire, testicule, vessie).

Le moment est venu de parler d’une disposition anatomique intéressante sans laquelle le clavier ne saurait exister. Nous rappellerons que chaque ganglion sympathique est relié au nerf intercostal correspondant par des rami-communicantes. Cette particularité anatomique jointe à la loi de la conduction de la sensibilité dans les deux sens (loi de Pflügger), permet de concevoir la projection des viscères à la surface du corps par voie nerveuse.

Supposons, en effet, qu’une irritation se produise dans l’estomac, lies fibres centripètes informeront le centre solaire antérieur, mais de ce centre elles iront jusqu’au ganglion solaire d’où elles seront dirigées vers la moëlle après un relai au niveau des 6e, 7e, 8e et 9e ganglions sympathiques. Ces ganglions étant en relation par les rami-communicantes avec les 6e, 7e, 8e et 9e nerfs intercostaux et, d’autre part, la loi de la conduction dans les deux sens nous montrant la sensibilité se diriger vers la moëlle et vers les nerfs intercostaux, il est facile de concevoir que la portion de la paroi thoracique innervée par les 6e, 7e, 8e et 9e paires, recevra plus d’influx que les portions voisines et que si on explore sa sensibilité elle réagira plus fortement. Les faits sont conformes à la théorie. Chaque fois qu’il existe un trouble stomacal, la région costale innervée par les paires sus indiquées, réagit plus fortement que les régions voisines à l’excitation provoquée par de petits coups secs donnés avec l’extrémité des doigts, la main étant en extension et placée de champ. Cette exploration détermine un ébranlement plus ou moins violent de la paroi, s’accompagnant parfois de plaintes et de défenses.

Le versant postérieur du toit formé par le garrot est très sensible dans le cas de troubles gastriques. Il réagit très fortement à la moindre pression, parfois par le simple frôlement et même du fait de l’appréhension. L’animal se plaint, se dérobe, des tressaillements apparaissent dans la région explorée et on peut apercevoir une vague de rides se dirigeant vers l’épaule qu’on pourrait comparer à celles qui se produisent à la surface d’une eau tranquille quand on vient d’y jeter une pierre. Quand le cheval ne présente pas de troubles thoraciques, il est curieux de constater le contraste qui existe entre la sensibilité exquise du versant postérieur du toit du garrot et la tolérance du versant antérieur. Le sommet du garrot est la ligne de démarcation entre les projections des organes thoraciques et des organes abdominaux. Cela se conçoit d’après la disposition anatomique que nous avons signalée, à savoir la participation des cinq premiers ganglions à l’innervation des organes thoraciques et la participation des ganglions dorsaux à partir du 6e à l’innervation des viscères abdominaux. Dans le cas de trouble abdominal, il n’y a pas de projection sur le versant antérieur, parce qu’il n’y a pas de correspondance nerveuse.

Par un raisonnement analogue au précédent, on se rendra compte :

1° que les organes innervés par le plexus solaire postérieur se projettent sur le plastron costal innervé par les 10e, 11e et 12e nerfs intercostaux ;
2° que les organes soumis au contrôle du plexus mésentérique antérieur se projettent sur le plastron costal innervé par les 13e 14e et 15e nerfs intercostaux ;
3° que les deux ou trois derniers espaces intercostaux sont les zones de projection du rein et de l’aorte abdominale ;
4° que le colon flottant et le rectum se projettent au niveau de la partie supérieure du flanc, immédiatement au-dessous des apophyses transverses des vertèbres lombaires ;
5° que les organes pelviens se projettent au niveau du sacrum. Par suite de l’intrication des fibres sacrées et lombaires, on pourra rechercher la zone de projection de l’utérus, de l’ovaire, de la vessie au niveau du flanc (1. Notre clavier est capable de fournir des indications aux médecins de l’homme. Par exemple : lorsqu’on hésite entre l’appendice et l’ovaire, les zones de projection distantes de deux organes voisins seront utiles à consulter).

Ainsi que nous avons pu l’établir par l’anatomie, par la clinique, par l’expérimentation et par la pratique des autopsies des cas que nous avions suivis cliniquement, les projections par la voie sympathique sont capables de nous faire dépister rapidement les secteurs dans lesquels existe des troubles. Dans notre travail sur les coliques, nous montrons par de nombreux exemples à l’appui, comment on peut passer de la diagnose du secteur à celle de l’organe en empruntant, en outre du clavier, les renseignements fournis par l’auscultation et le retentissement des troubles abdominaux sur les grandes fonctions. La visite d’achat demande moins de précision, l’examen doit être plus rapide et nous nous contenterons de donner les indications indispensables, renvoyant le lecteur à notre travail sur les coliques, pour ce qui touche les précisions.


B. Projections empruntant la voie du pneumogastrique.


Une disposition anatomique intéressante permet d’ajouter au clavier sympathique un clavier pneumogastrique. Nous voulons parler des rapports que le vague contracte avec le spinal ou nerf de la 11e paire crânienne. En effet, le spinal se divise en deux branches ; l’une interne, qui va unir ces fibres avec le pneumogastrique et qui contribue à l’innervation du cœur, de l’estomac, du foie, etc... ; l’autre externe, qui va innerver le mastoïdo-huméral et le trapèze. Lorsque un des organes cavitaires, précédemment énumérés, souffre le rameau vago-spinal est irrité, il passe plus d’influx par le noyau du spinal et les muscles innervés par la branche externe de ce nerf sont plus irritables que les autres muscles de l’économie. Nous avons désigné cette irritabilité sous le nom de réaction myotonique du mastoïdo-huméral. Elle est décelée par des coups secs portés par l’extrémité des doigts, la main étant en extension et placée de champ. Quand la réaction est positive, on voit apparaître des secousses secouant l’encolure et la tête et l’extrémité des doigts est repoussée plus ou moins énergiquement par la contraction musculaire. On interrogera le mastoïdo-huméraJ. à sa partie inférieure, en avant de l’épaule.

Toute réaction intense du mastoïdo-huméral n’est pas forcément pathologique. Nous ne considérons comme telles que celles qui sont disproportionnées avec la réaction provoquée par le pincement de la colonne dorso-lombaire au niveau des reins. Nous avons là une réaction étalon qui donne la mesure ou le ton de la réflectivité générale. Seront retenues comme pathologiques seules les réactions dont l’intensité est discordante avec celle de la réaction étalon. Nous reviendrons ultérieurement sur ce point, quand nous essayerons de déterminer le tempérament et le degré de sang sur un cheval dépourvu de carte d’origine.

La réaction myotonique permet surtout de juger de l’état du cœur, de l’estomac et du foie. Nous verrons à propos de ces organes qu’en utilisant certaines particularités de la réaction myotonique et les données du clavier sympathique, il est loisible de diagnostiquer l’organe qui est en cause.

Pour bien comprendre les réactions du clavier, il faut se dire que la sensibilité est un fluide dont le potentiel est constant ou presque à l’état normal et que lorsque le débit augmente dans une région, il baisse dans les autres ; il en est ainsi pour l’eau, le gaz, l’électricité, etc... Le fait de trouver des zones hyperréflectives et des zones hyporéflectives est anormal ; il s’agit, dans ce cas, d’un phénomène pathologique. En pathologie digestive, lorsqu’on se trouve en présence d’un cheval ayant une indigestion gastrique par surcharge, les zones de projection gastrique absorbent presque tout l’influx et conséquemment les autres sont peu sensibles, le rein par exemple, est très raide. Quand un cheval présente un volvulus du gros colon, la sensibilité générale s’émousse et finit par disparaître, mais la zone de projection de l’anse tordue est celle dans laquelle la sensibilité prédomine pendant la crise et celle d’où elle disparaît la dernière. Quand on met le tord-nez à un cheval, on fait une dérivation d’influx qui hypoesthésie d’autres régions. Le cheval qui souffre d’un organe se comporte, au point de vue de la sensibilité, comme si on avait placé un tord-nez sur cet organe.

Ainsi le clavier (2. Nous avons utilisé dans nos recherches sur la pathologie digestive d’autres claviers, notamment un clavier sudoral, un clavier thermique et un clavier thérapeutique.) nous permettra de diagnostiquer les troubles viscéraux. Quand nous saurons qu’un organe joue faux dans le concert organique, il nous faudra encore déterminer s’il s’agit d’un trouble organique, c’est-à-dire d’un trouble grave ou d’un trouble fonctionnel qui peut ne comporter aucun pronostic fâcheux et ne pas entraver l’opération d’achat. La connaissance des névroses, que nous allons examiner maintenant, nous aidera puissamment dans cette tâche.


II. Les Névroses du cheval


À l’état normal, de bons rapports s’établissent entre le sympathique et le pneumogastrique ; mais, dans certains cas, l’une de ces sphères nerveuses prend le pas sur l’autre et cela sans qu’on puisse découvrir la moindre altération dans les faisceaux nerveux. Il ne s’agit pas d’un trouble matérialisé, mais bien d’un trouble fonctionnel.

La névrose du nerf vague ou pneumogastrique est désignée sous le nom de vagotonie ; celle du sympathique est appelée sympathicotonie. Chacune de ces névroses a son expression clinique. Le syndrome vagotonique se traduit par de la pâleur des muqueuses, de l’hypotension vasculaire, du ralentissement du pouls ou bradycardie, de la dyspnée, du vertige, de l’angoisse et une sensibilité spéciale à la pilocarpine qui entraîne une hypersécrétion salivaire rapide, intense et prolongée ; la salive est fluide, c’est-à-dire du type parotidien.

Le syndrome sympathicotonique comporte de la coloration des muqueuses, l’accélération du cœur ou tachycardie, la mydriase, l’hyperesthésie de l’abdomen, l’hypertension vasculaire et une sensibilité spéciale à l’adrénaline. La salive est visqueuse, du type sympathique.

Ces névroses sont latentes ou en puissance et, dans ce dernier cas, elles conditionnent certains troubles, parmi lesquels nous citerons les coliques nerveuses auxquelles nous avons pu donner un « état civil » permettant de les élever au rang d’entités morbide en même temps que nous donnions le moyen de les diagnostiquer à coup sûr.

La vague est « bradycardisant » et « dyspnéisant » ; il peut donc entraîner des manifestations cardiaques et respiratoires qu’il est bon de connaître, indépendamment des troubles digestifs. Le sympathique a, lui aussi, une action sur le cœur et sur les viscères abdominaux qu’il est utile de dépister.

Nous envisagerons ces différentes perturbations à propos de chaque organe et nous ajouterons, pour le moment, que les troubles névrosiques du vague se dissipent sous l’influence de l’atropine de même que ceux du sympathique s’amendent par l’ésérine. Atropine et ésérine sont les calmants électifs du vague et du sympathique.

Le lecteur serait tenté de nous objecter que ce ne sont pas là des procédés pratiques à appliquer au moment d’une visite d’achat. Ayant prévu l’objection, nous répondrons que nous disposons d’autres moyens que nous envisagerons à propos des différents viscères et, pour en finir avec ces notions générales sur les névroses, nous indiquerons le moyen de les révéler par un réflexe que nous avons imaginé et que nous désignons sous le nom de réflexe oto-cardiaque.

Si on place un tord-nez à l’oreille d’un cheval normal, on ne modifie en rien les battements du cœur. Si on opère de même avec un cheval névrosé, on obtiendra les résultats suivants qui diffèrent selon que le cheval est vagotonique ou sympathicotonique. 1. Dans le premier cas, le ralentissement du cœur sera notablement exagéré et il ne sera pas rare de constater des intermittences fréquentes et prolongées, surtout si on a le soin d’opérer sur l’oreille droite, car le pneumogastrique droit a plus d’action sur le cœur que le pneumogastrique gauche, ainsi que l’a montré Arloing.

S’il s’agit d’une névrose du sympathique, l’action du tord-nez se manifeste par une accélération notable des battements du cœur.

Le mécanisme du réflexe oto-cardiaque est le suivant : L’oreille est innervée par le trijumeau. L’irritation née dans la sphère du trijumeau s’irradie au niveau du bulbe au noyau du vague et s’ajoute à l’irritation névrosique. Pour le sympathique, l’excitation des filets sympathiques doit passer par les ganglions cervicaux.

Les médecins de l’homme, par la compression des globes oculaires, déterminent l’exagération d’es phénomènes névrosiques. Nous avons constaté qu’on peut arriver au même résultat en pinçant le lobule de l’oreille.

Le lecteur voudra bien nous pardonner la longueur des notions qui précèdent, car elles étaient absolument indispensables à la compréhension de ce qui va suivre. Nous allons maintenant entrer dans le cœur de notre sujet en commençant par les troubles de l’appareil digestif.


III. Les Troubles Digestifs


Revue vétérinaire, n°7, Juillet 1920, p.397-411

Il est important pour le praticien d’être à même de dépister rapidement les troubles digestifs au cours d une consultation d’achat. L’importance de cette diagnose tient à ce que, lorsqu’on a déterminé la race, le modèle, l’absence de tares molles ou dures, etc..., il reste encore deux facteurs à envisager : 1° la détermination de l’âge ; 2° celle du coefficient vital.

Tout le monde est d’accord pour attribuer à l’âge une importance de premier plan. Les indications très utiles du chronomètre dentaire pour être moins exactes que celles d’un registre de l’état civil, n’en sont pas moins précieuses et peuvent être corroborées par des éléments d’ordre secondaire tels que le creusement des salières, la canitie temporale, l’amincissement des maxillaires inférieurs, le développement de l’arc sénile ou cercle gérontoxique à la périphérie de la cornée, etc... Appuyées sur le calcul des probabilités, ces indications permettent de supputer la durée des services qu’on peut attendre de l’animal envisagé.

Mais, en outre du temps écoulé depuis la naissance, il faut encore déterminer la façon dont le sujet a résisté au milieu, au travail, à la maladie. On devrait s’en tenir plutôt à l’avenir selon l’état des organes qu’à l’avenir basé exclusivement sur la connaissance de l’âge. Deux individus de même âge et de même format employés dans le même milieu ne rendront pas les mêmes services pendant le même temps, en admettant qu’ils ne soient pas victimes d’accidents. Chacun d’eux a un potentiel vital propre et nous considérons que chaque sujet à un coefficient vital qui peut être apprécié : 1° par le temps écoulé depuis sa naissance ; 2° par le degré d’usure physiologique ou pathologique.

Il en est des chevaux comme des hommes ; il y a de jeunes vieux et de vertes vieillesses. Qu’importe, par exemple, qu’un homme n’ait que quarante ans s’il est guetté par l’hémorragie cérébrale ou l’asystolie, attributs fâcheux de l’artériosclérose. On a pu dire très judicieusement que l’homme a l’âge de ses artères. Nous nous croyons autorisé à dire que le cheval a l’âge de son ventre, car s’il est vrai que la courbe de beaucoup de vies humaines est brusquement interrompue par l’artériosclérose, il est non moins exact que beaucoup de chevaux succombent aux coups de cette grande faucheuse qu’on désigne génériquement sous le nom de colique. Mais tandis que les médecins admettent sans réplique le rôle de l’artériosclérose dans l’hémorragie cérébrale et l’asystolie, les vétérinaires n’attribuent pas aux troubles digestifs le rôle qu’ils jouent dans le déterminisme des crises abdominales.

Les causes invoquées ne sont que des causes occasionnelles qu’on élève au rang de causes efficientes ; ce ne sont que des étincelles qui resteraient sans effet si l’organisme n’était pas amorcé. Les amorces, ce sont les troubles organiques ou fonctionnels, c’est dire que les crises abdominales sont préparées de longue haleine et éclosent au choc d’une occasion favorable.

Pour nous en tenir à un seul exemple, celui de la surcharge gastrique, nous ne croyons pas que cette surcharge soit possible s’il n’y a pas dilatation stomacale. À l’état normal, l’estomac se contracte quand il est rempli aux deux tiers ; ce degré de distension entraîne la contraction stomacale réflexe comme il est de règle chez tous les organes creux. Dans ces conditions la capacité contractile de l’estomac est suffisante pour assurer la vidange. Il n’en est plus ainsi dans le cas où le réservoir est fortement dilaté comme cela s’observe chez certains tiqueurs, sialophages, etc..., et qu’à la faveur d’un écart de régime, le cheval consomme une ration importante. En effet, quand cet estomac dilaté sera rempli au deux tiers, le poids des aliments ingérés dépassera la capacité contractile et l’estomac ne pourra pas démarrer : la surcharge sera réalisée avec son cortège néfaste de stase, de fermentations et d’auto-intoxication liée à l’insuffisance gastrique.

L’écart de régime à lui seul n’est pas suffisant pour déterminer la surcharge ainsi que l’a montré expérimentalement Saint-Cyr, et ainsi qu’il résulte d’une relation de MM. A... et R. Lasserre, vétérinaires au 23e régiment d’artillerie, concernant un écart de régime grégaire qui n’eût des conséquences fâcheuses que chez quelques individus, des prédisposés, sans doute.

Ainsi, de même que l’artérioscléreux est menacé d’un accident circulatoire, le déséquilibré du ventre est guetté par l’accident digestif. Le déséquilibre abdominal peut être diagnostiqué. Les docteurs Vincent, Sigaud et leurs élèves Mac-Auliffe et Chaillou estiment que « chaque étape de l’organisme vers la mort, fut-elle seulement dépendante de l’âge, apparaîtra avec des signes objectifs déterminés, car l’appareil digestif est celui dont les oscillations fonctionnelles sont le plus perceptibles à nos sens..., c’est-à-dire que tout changement survenu dans l’économie a son retentissement immédiat sur l’appareil digestif. »

Tous les troubles digestifs ne retentissent pas de la même manière sur le coefficient vital et il appartient au vétérinaire de discerner ce qu’on pourrait appeler le vieillissement prématuré de chaque sujet. Son rôle nous paraît comparable à celui des médecins des compagnies d’assurance sur la vie qui, selon le cas, acceptent le candidat aux conditions normales, le refusent ou l’acceptent en l’handicapant de quelques années. C’est ainsi qu’un diabétique peut être éliminé tandis qu’un syphilitique sera accepté s’il consent à une majoration de cinq ans par exemple.

L’acheteur d’un cheval n’a pas intérêt à faire l’acquisition d’un sujet dont le coefficient vital est gravement compromis et, d’autre part, il peut se risquer à prendre un animal qui ne lui rendra pas les mêmes services qu’un animal sain si la diminution de prix, résultant du vieillissement, compense la diminution probable de la durée des services.

Le rôle que nous attribuons aux troubles digestifs dans la genèse des crises abdominales et, par conséquent, leur influence sur le coefficient vital, montre l’intérêt qu’il y a pour l’acheteur à constater leur carence ou à les dépister et, dans ce dernier cas, a supputer leur influence sur le coefficient vital.

De même qu’on désigne sous le nom d’asystolie un état d’insuffisance cardiaque progressive, aboutissant à la mort par arrêt du cœur, qui est l’asystolie au sens étymologique, nous désignerons sous le vocable d’apéristaltisme l’insuffisance digestive qui entraînera progressivement la mort par arrêt de l’intestin.

Parmi les stigmates des troubles abdominaux, nous distinguerons :

1 ° Ceux qui révèlent la déchéance diffuse de l’appareil digestif ; 
2° Ceux qui sont localisés dans un viscère.

Nous envisagerons successivement : les ptôses, certaines modifications du squelette, le développement transversal de la cavité abdominale, la tension abdominale, dans le premier groupe ; les troubles gastriques, les troubles hépatiques et les troubles intestinaux, dans le deuxième groupe. Bien entendu, il ne s’agit que des troubles chroniques.

PTOSE. — Sous le nom de ptose (du grec : ptosis, qui signifie chute) on désigne le déplacement des viscères par suite du relâchement des moyens de fixité.
On juge de la ptose par l’examen du profil de la ligne du dessous. À l’état normal, la ligne des pectoraux prolongée par la pensée à travers le bras, se raccorde sans à-coup avec la ligne sterno-abdominale. Quand il y a ptose, le raccord est angulaire si bien que la ligne que nous avons suivie, dessine une accolade que nous désignons sous le nom d’accolade ptosique. Le sommet de l’accolade se trouve toujours au même point. Il est situé entre la 5e et la 6e côtes. À partir de ce point, la ligne du dessous dessine une convexité plus ou moins accusée qui rappelle celle qu’on observe chez la vache, d’où le nom de ventre de vache qu’on utilise souvent pour désigner cette déformation. Quand on rencontre cette accolade ailleurs que chez une poulinière, on est en présence d’un sujet atteint de ptose viscérale dont le degré est en rapport avec celui de la convexité. La ptose s’observe souvent chez les aérophages, chez les sialophages, chez les gros mangeurs, qui font des fermentations secondaires. Elle coïncide souvent avec un gros foie. Ses conséquences sont nombreuses. Elle entraîne un degré, plus ou moins accusé d’apéristaltisme. Elle peut conditionner des névroses, des tiraillements sur les filets nerveux, des spasmes, des digestions traînantes compliquées de fermentations entraînant des dilatations d’organe ; l’auto-intoxication, du fait de la lenteur de la traversée digestive qui a pour conséquence de favoriser les putréfactions intestinales, quand la flore est mauvaise.
Sans doute, il y a ptôse et ptose. Un léger degré n’a pas une grande signification. Mais si la ptose est accusée et à plus forte raison si elle est très considérable, on est en présence d’un sujet menacé d’apéristaltisme dont la valeur marchande doit être considérablement diminuée quelles que soient les indications du chronomètre dentaire, car le coefficient vital est très faible.
Les rapports entre la ptôse et les troubles viscéraux montrent la pénétration des vues de notre maître de Saumur, M. Jacoulet, qui nous enseignait que « l’Extérieur c’est de la Pathologie ».
En présence d’une ptose accusée, il faudra rechercher les stigmates du tic, l’existence des points gastriques, hépatiques, intestinaux. Il n’est pas rare d’avoir plusieurs réponses positives incriminant plusieurs organes, car le trouble est souvent lié à un état général.
Le contraire du ventre ptosé c’est le ventre levrette. On sait qu’il est l’attribut de sujets délicats. En Extérieur on se contente de dire que le cheval manque de boyaux. Mais ne disions-nous pas, tout à l’heure, par la bouche de M. Jacoulet, que l’Extérieur c’est de la Pathologie. En quoi le ventre levretté est-il pathologique ? Nous ne sommes pas en mesure de répondre sur ce point et nous nous bornerons à poser la question, ce qui est déjà quelque chose, puisqu’on ne résout que les questions posées. Mais il s’agit d’une dysharmonie qui doit être déterminée comme tout ici-bas. Peut-être s’agit-il d’un trouble d’organe à sécrétion interne comparable, quoique en sens inverse, à celui de l’hypophyse qui conditionne l’acromégalie se traduisant par des dimensions exagérées du nez, du menton, des doigts, etc... Quoi qu’il en soit, nous retiendrons que le cheval levretté est délicat, qu’il s’entretient mal et que son coefficient vital doit être abaissé dans une certaine mesure.
Pour en finir avec la ligne du dessous, nous ajouterons qu’en la parcourant, on peut déceler la présence de hernies et nous retiendrons que ce sont les plus petites qui s’étranglent le plus facilement.

MODIFICATIONS SQUELETTIQUES. Parmi les modifications que les troubles digestifs sont susceptibles de faire apparaître dans le squelette, nous signalerons : 1° L’inversion des dimensions des espaces intercostaux. En effet, contrairement à ce qui a lieu chez le cheval normal, les derniers espaces intercostaux sont beaucoup plus larges que les premiers ; observation faite fréquemment chez les ptosés et chez les tiqueurs. 2° La disposition en pupitre du plastron costal dans ses parties postérieures ; observée dans les mêmes conditions que la modification précédente.

DÉVELOPPEMENT TRANSVERSAL DU VENTRE. À l’état normal, le massif de la croupe empêche l’observateur placé de face par derrière d’apercevoir les parois latérales de l’abdomen. Si le contraire se produit en dehors de la gestation, il s’agit d’une ampliation pathologique liée soit à la dilatation des anses intestinales, soit encore à la présence d’un épanchement ascitique ; et comme va nous le montrer l’étude de la tension abdominale, le sujet est en état d’apéristaltisme.

TENSION ABDOMINALE. Bien étudié en médecine humaine par Vincent, Sigaud, Mac-Auliffe et Chaillou, la tension abdominale est appréciée par l’élasticité et la rénitence des parois abdominales. La rénitence est mesurée par le degré de résistance opposé aux efforts d’écrasement. L’élasticité est la propriété en vertu de laquelle la forme momentanément altérée se ressaisit avec plus ou moins d’instantanéité.
Chez les jeunes, le ventre est plus élastique ; chez les vieux, plus rénitent. Ainsi que l’indiquent Mac-Auliffe et Chaillou, et comme nous avons eu l’occasion de le constater, « souvent ces deux qualités manqueront presque complètement, l’abdomen dans son ensemble donnera une sensation pâteuse de chiffon mouillé ».

TROUBLES GASTRIQUES. La mise en jeu du clavier peut révéler l’existence des points gastriques. Nous rappellerons que l’estomac a des projections par la voie sympathique et par la voie pneumogastrique.
Dans le cas où l’estomac est en cause, le sujet présente :
1° La réaction myotonique du mastoïdo-huméral, c’est-à-dire qu’il offre dans la région pré-scapulaire, sur le trajet du muscle précité, une excitabilité qui est d’un ton plus ou moins supérieur à celle de la région lombaire ; en outre, la réaction est différente dans son intensité selon que l’on examine le muscle droit ou gauche ; le maximum est à gauche ;
2° La réaction du plastron costal compris entre la 6e et la 10e côte ;
3° La réaction du versant postérieur du garrot.
Il est des réactions qu’on pourrait qualifier de paradoxales. On peut voir, par exemple, le réflexe myotonique prédominer à droite, alors que les points gastriques sympathiques (costal et du garrot), sont positifs. Ces cas sont faciles à interpréter. Disons tout de suite qu’il s’agit de cas mixtes.
Supposons que le cœur soit lésé ; dans ce cas, le réflexe myotonique est positif, mais le maximum est à droite. Dans un cas d’altérations gastro-cardiaque, le réflexe myotonique pourra être positif avec un maximum à droite, si le trouble cardiaque l’emporte sur le trouble gastrique. Il peut même y avoir une réaction égale des deux côtés si le trouble cardiaque apporte du côté droit le surcroît d’excitation dont l’absence assurait la prédominance du côté gauche. Ainsi, quand les réactions ne sont pas conformes à la règle, c’est qu’il s’agit de troubles associés et fréquemment d’une association gastro-cardiaque.
Supposons que nous sommes en présence d’un cheval réagissant nettement dans les notes gastriques. Qu’allons-nous conclure ? Rien, avant d’avoir procédé à d’autres investigations.
Les tiqueurs présentant souvent ces réactions, nous rechercherons tout d’abord les stigmates du tic : usure des dents, hypertrophie des parotides et des sterno-maxillaires, ptose, déformations squelettiques, etc... Nous pouvons dépister ainsi un tiqueur ; mais supposons que ce ne soit pas le cas ; nous rechercherons les stigmates névrosiques. Disons une fois pour toutes que les névrosés ont souvent un faciès spécial. Ce sont des sujets impressionnables, à physionomie mobile, grimaçante même, capables de dyspnée émotive ou d’évacuations réflexes, qu’il est difficile de « placer » au cours d’une présentation et qui ont souvent des yeux saillants rappelant ceux du lièvre ou de la gazelle. Bien entendu, l’examen du faciès ne peut donner que des probabilités de névrose. On aura de grosses présomptions de névrose si on constate : 1° au niveau de la faciale une arythmie caractérisée par des intermittences ; 2° des régurgitations au niveau de la jugulaire ; 3° que l’arythmie et les régurgitations constatées sur le cheval au repos, disparaissent si on exerce le cheval aux allures vives. Dans ce cas, on pourra recourir au réflexe oto-cardiaque pour asseoir définitivement le diagnostic de névrose.
Si le tic et la névrose sont hors de cause, il faudra songer à la gastrite (trouble organique) et aux dyspepsies (trouble fonctionnel).
Parmi les dyspepsies, nous distinguerons une dyspepsie hyposthénique ou hypochlorhydrie, et une dyspepsie hypersthénique ou hyperchlorhydrie.
Il est incontestable que les dyspepsies retentissent beaucoup moins sur l’état général que les gastrites.
Chez le cheval atteint de gastrite, les points gastriques sont éclatants de netteté. Les phanères n’ont pas le lustre qu’on retrouve chez les animaux sains, la mue se fait tardivement et irrégulièrement. L’œil est triste et n’étincelle pas comme chez l’individu normal ou chez le gastropathe fonctionnel.
Enfin, il est un signe qui comporte, à nos yeux, une grosse valeur révélatrice de gastrite. Ce sont les plaies ou cicatrices qu’on observe au niveau de la face antérieure des boulets, chez les gastropathes organiques le plus souvent. Ces accidents se produisent après les repas, car ces avariés sont pris d’une somnolence invincible, ils tiennent la tête basse et les yeux mi-clos et à certains moments l’hypnose, d’origine gastrique, devient tellement profonde qu’elle compromet la sustentation ; on note un abandon progressif de la tête et de l’encolure et une flexion progressive des membres antérieurs jusqu’à ce que la sensation de chute réveille brusquement le gastropathe ; mais pas toujours suffisamment à temps pour empêcher que les boulets ne prennent contact avec le sol et se contusionnent plus ou moins. Les chevaux « couronnés » des boulets sont fréquemment des gastropathes.
Les dyspeptiques par hypochlorhydrie sont souvent somnolents après le repas et peuvent présenter des marques au niveau des boulets, mais plus rarement que les gastropathes organiques.
On peut donc cliniquement hésiter entre un cas d’hypochlorhydrie et un cas de gastrite.
Au point de vue pratique, nous tranchons le diagnostic en nous basant sur l’état général. Si ce dernier est profondément touché, nous inclinons vers le diagnostic de gastrite. Dans le cas contraire, nous diagnostiquons hypochlorhydrie. Ce dernier trouble dyspeptique est plus grave que l’hyperchlorhydrie pour deux raisons : 1° parce qu’on a moins d’action sur l hypochlorhydrie que sur l’hyperchlorhydrie ; 2° parce que l’hypochlorhydrie est souvent l’aboutissant de l’hyperchlorhydrie, ainsi que l’a montré le professeur Hayem.
S’il ne s’agit ni de gastrite ni d’hypochlorhydrie, on est en présence d’une dyspepsie hypersthénique ou hyperchlorhydrie.
La dyspepsie hypersthénique peut se révéler spontanément ou après provocation par l’hypersialie prandiale, c’est-à-dire l’hypersécrétion salivaire au cours des repas.
Lorsqu’on examine pendant leur repas un lot de chevaux mangeant l’avoine dans une musette, on ne manque pas d’être frappé de ce fait qu’il est des musettes sèches, d’autres légèrement mouillées et, enfin, des musettes très mouillées. Il est des musettes desquelles la salive sort par jets spumeux des trous d’aération. Nous avons pu mesurer près d’un litre de salive dans une musette mangeoire après le repas. La musette sèche et la musette très mouillée nous apparaissent comme des déviations extrêmes et en sens opposé d’un type de sécrétion salivaire normale représenté par les musettes légèrement mouillées.
On pourrait objecter que l’hypersialie intense est liée à l’existence d’irrégularités dentaires ou à la tachyphagie, qui est l’habitude de manger rapidement. Les deux objections tombent devant l’expérience suivante. Après ingestion d’un demi-litre d’eau renfermant 10 grammes d’un mélange de carbonates de chaux, de soude et de magnésie, l’hypersialie disparaît et cependant l’animal mange aussi vite et a conservé ses irrégularités dentaires s’il en avait. C’est que l’hypersialie prandiale s’observe chez les hyperchlorhydriques. La sécrétion salivaire s’établit d’une façon réflexe en même temps que la sécrétion d’acide chlorhydrique. Si le cheval présente cette hyperesthésie à l’acide HCl, qu’on désigne improprement sous le nom d’hyperchlorhydrie, car le taux de l’acide n’est pas augmenté, la sécrétion salivaire est intense et il faut voir vraisemblablement dans ce fait une défense de l’organisme tendant à neutraliser le suc gastrique par l’alcalinité salivaire.
Nous désignons sous le vocable de signe de la musette, l’indication d’hypersialie fournie par la musette mangeoire. La quasi-absence de sécrétion salivaire est, pour la même raison, révélatrice d’hypochlorhydrie.
Si on assiste au repos des chevaux dans une écurie de marchand on pourra, en se basant sur les indications précédentes, faire la différence entre les états gastriques. La mangeoire d’un hyperchlorhydrique sera très mouillée ; celle d’un hypochlorhydrique sera sèche. Un morceau de pain ou une poignée d’avoine révèleront l’état de la sécrétion salivaire parallèle de la sécrétion gastrique.
D’après ce qui précède, la dyspepsie hyperchlorhydrique ne saurait entraver une transaction. La dyspepsie hyposthénique doit faire fléchir le coefficient vital tandis que la gastrite doit entraîner le refus de l’animal proposé à la vente.

TROUBLES HÉPATIQUES. Les zones hépatiques sont : 1° le réflexe myotonique prédominant à gauche, car c’est le vague gauche qui innerve le foie ; 2° le réflexe costal, du solaire antérieur, prédominant à droite.
À ces reflexopathies s’ajoutent : 1" la sensibilité de l’hypochondre droit (réflexopathie directe, tandis que les précédentes sont réfléchies) ; 2° dans certains cas le développement du réseau veineux abdominal plus accusé à droite ; 3° certains troubles humoraux tels que la pâleur ou le subictère de la conjonctive ; 4° parfois la coloration plus intense de la conjonctive droite que de la conjonctive gauche (il s’agit vraisemblablement d’un phénomène vaso-moteur à distance, analogue à celui de la pommette chez l’homme au cours de la pneumonie ou de la tuberculose) ; 5° l’existence d’une ptose plus ou moins accusée ; 6° le développement exagéré du ventre dans le sens transversal.
Etant donné les multiples fonctions du foie et leur importance et aussi en raison du rôle antitoxique de la glande hépatique, un trouble chronique du foie porte atteinte au coefficient vital.

TROUBLES INTESTINAUX. Les troubles aigus s’accompagnent de variations tellement brusques que les propriétaires ne peuvent se déterminer à mettre leurs animaux en vente.
Parmi les troubles chroniques, nous citerons l’entérite, l’helminthiase, l’auto-intoxication.
L’Entérite chronique s’accompagne d’un mauvais état général, d’une sensibilité anormale dans les zones de projection de l’intestin ; les phanères sont peu ou point lustrés, la mue est tardive et irrégulière, les animaux sont anémiques et les conjonctives présentent un fond crème sur lequel les vaisseaux sont brodés en relief. Ces constatations influent tellement sur le coefficient vital et, d’autre part, le faciès est si peu engageant qu’on ne saurait faire de gaieté de cœur l’acquisition d’un pareil sujet.
Quant à l’Helminthiase grave, il en est de même. Il y a des helminthes qui n’influencent guère le coefficient vital. Le fait de constater à la marge de l’anus les masses jaunâtres, cimenteuses que constituent les œufs d’oxyure ne sauraient avoir aucune influence sur la transaction. Si rien ne peut remplacer l’examen microscopique des fèces pour le diagnostic de l’helminthiase grave, il existe néanmoins quelques signes de présomption : ce sont la mollesse des tissus, l’essoufflement facile, l’existence d’un pouls veineux qui disparaît quand on exerce l’animal ou au repos quand on donne un vigoureux coup de poing sur le plastron costal dans la région cardiaque, le mâchonnement intense et les mouvements de déglutition fréquents, parfois aussi des bâillements dès qu’on arrête le cheval après un petit temps de trot ou de galop. Toutes ces réactions seront exposées dans leur mécanisme à propos des troubles circulatoires. Ajoutons encore qu’on peut noter un certain degré de mydriase.
Ces constatations ne sauraient faire écarter un animal, mais il faudra tenir compte que cet animal réclamera des soins particuliers pendant quelque temps et que, par conséquent, il faudra en tenir compte dans le prix d’estimation.
Rien n’est plus facile que de faire le diagnostic d’Auto-intoxication à l’aide du laboratoire. Si on fait un « gram » sur une préparation de fèces et qu’on colore le fonds avec de la fuchsine, on obtient, chez un cheval normal, une préparation dans laquelle les microbes ne prenant pas le gram prédominent ; la préparation est rouge. S’il s’agit d’un auto-intoxiqué, les microbes qui prennent le gram prédominent ; la préparation est bleue. On n’aurait même pas besoin de regarder au microscope : la flore bleue est la flore nocive, la flore rouge est la bonne.
Mais cette recherche n’est pas possible au cours d’une visite d’achat. On pensera à l’auto-intoxication en cas de muqueuses à fond crème avec vaisseaux brodés en relief, dans le cas d’émission de gaz nidoreux, dans le cas de cercles siégeant sur les quatre sabots (à-coups dans la nutrition par spasmes vasculaires) ou encore dans le cas de mauvaise corne. Nous avons connu un cheval qui présentait de l’auto-intoxication qui passait par des hauts et des bas, et dont l’état de la corne reflétait les améliorations et les rechutes. L’auto-intoxication étant une affection curable retentit peu sur le coefficient vital dès qu’on lutte contre elle.
Ainsi qu’on peut en juger, l’examen des troubles digestifs est capable d’apporter une aide précieuse au praticien en lui fournissant un certain nombre d’indications utiles.


IV. Les troubles circulatoires


Revue vétérinaire n°9, septembre 1920, p.525-538

À part le cas de thrombose de l’aorte postérieure qui conditionne parfois une boiterie intermittente, les affections de l’appareil circulatoire n’entraînent pas la résiliation de la vente et pourtant il en est qui comportent une haute gravité. Acheter un cheval atteint d’une endocardite ou d’une myocardite, c’est faire l’acquisition d’un infirme ou d’un impedimentum, car quelles que soient les indications du chronomètre dentaire, le coefficient vital est très faible par suite du vieillissement que confèrent ces affections. Il y a grand intérêt à être fixé sur l’état de l’appareil circulatoire au moment de l’achat et c’est pourquoi nous envisagerons successivement les troubles cardiaques, les troubles veineux et les troubles artériels.

TROUBLES CARDIAQUES. L’attention du praticien peut être attirée par un certain nombre de signes révélateurs d’un trouble du cœur. Ces manifestations peuvent être observées soit au repos, soit pendant l ’exercice, soit pendant le repos qui succède immédiatement au travail.
Les manifestations annonciatrices qu’on peut constater, sont :
a) Au repos. — 1° La positivité du réflexe myotonique avec une prédominance du réflexe droit sur le gauche.
2° La sensibilité du versant antérieur du toit du garrot.
3° L’exquise sensibilité de la région précordiale.
4° L’existence d’un pouls veineux avec ou sans dilatation cardiaque.
5° L’existence d’une onde rétrograde brusque dans son apparition d’une durée éphémère et se produisant d’une façon intermittente au niveau de la jugulaire.
6° La présence d’œdème au niveau de la paroi abdominale ou des membres.
7° L’existence d’un soubresaut du flanc ne s ’accompagnant pas des signes qui caractérisent l’emphysème pulmonaire.
8° Le caractère des pulsations envisagées au point de vue de leur intensité, de leur fréquence, de leur rythme : pouls d’insuffisance ou de rétrécissement, intermittences vraies ou fausses, pouls lent permanent, bradycardie, tachycardie, dissociation auriculo-ventriculaire, etc...
b) Pendant l’exercice. — Une dyspnée hâtive en l’absence de cornage et d’emphysème pulmonaire (dyspnée d’effort).
c) Après l’exercice. — La dyspnée plus ou moins durable ; des bâillements ; des mouvements de déglutition précédés de mâchonnements ; l’exagération du réflexe myotonique du côté droit par rapport à ce qu’il était avant l’effort ; l’exagération, la diminution ou la disparition d’un pouls veineux.

Le trouble cardiaque s’exprime parfois explicitement et parfois laconiquement. Dans le premier cas, il se révèle par un groupement important de symptômes. Dans l’autre, la symptomatologie se borne à quelques éléments. C’est au sujet de ces derniers qu’il est bon d’être documenté.
Tous les cas ne comportent pas la même signification. Il est des troubles fonctionnels qui peuvent être bénins et des troubles organiques qui sont toujours graves. Il nous faudra les différencier. Disons tout de suite qu’il est de vrais et de faux cardiaques, et que, dans ce dernier cas, il s’agit de troubles dynamiques secondaires viscéropathiques ou humoraux,

L’EXTRASYSTOLE. La pathologie cardiaque est dominée par la notion de l’extrasystole que nous allons examiner succintement afin de permettre au lecteur l’intelligence d’un certain nombre de manifestations symptomatiques qui, dans les ouvrages classiques, ne sont pas éclairées par les notions récentes acquises dans le domaine de la pathologie cardiaque, grâce aux travaux de Vaquez, de Lian, de Merklen et Heitz, etc...
On sait que le cœur se contracte et se repose alternativement et que, pendant longtemps, on a admis qu’une révolution cardiaque devait s’achever avant qu’une autre commence. À l’heure actuelle, l’intrication des révolutions est un fait admis et on donne le nom d’extrasystole à la révolution qui commence avant la fin de la révolution précédente. Pour bien saisir le mécanisme de l’extrasystole et ses conséquences, il nous faudra examiner la voie par laquelle l’excitation arrive au cœur, le trajet qu’elle suit normalement ou anormalement, les causes de l’extrasystole, ses conséquences et les moyens de la dépister.
L’excitation à l’état normal naît et se propage dans le faisceau de His, faisceau musculo-nerveux qui est un vestige du tube cardiaque primitif. Ce faisceau commence à l’abouchement de la veine cave antérieure par des fibres circulaires constituant l’anneau de Keith et Flack. À cet anneau font suite des fibres qui suivent la cloison interauriculaire et constituent, dans le sillon auriculo-ventriculaire, le nœud de Tawara qui se continue par le faisceau de His proprement dit, lequel longe la paroi interventriculaire et envoie des fibres dans la paroi des ventricules.
À l’état normal, l’excitation se propage de l’anneau de Keith et Flack au nœud de Tawara et au faisceau de His. Elle fait contracter successivement l’oreillette et le ventricule.
À l’état pathologique, l’excitation peut naître en un point quelconque du faisceau de His ; elle trouble le fonctionnement cardiaque au point de faire contracter le ventricule avant les oreillettes ou bien de faire contracter l’oreillette et le ventricule simultanément ou encore de rendre les contractions auriculaires et ventriculaires indépendantes l’une ou l’autre de ces cavités se contractant plus fréquemment que l’autre.
Selon le point où se produit l’excitation anormale on distingue une extrasystole auriculaire, une extrasystole auriculo-ventriculaire (ou nodale) et une extrasystole ventriculaire. Cette dernière est la plus fréquente et la plus facile à diagnostiquer. C’est surtout elle que nous aurons en vue.
L’extrasystole ventriculaire modifie l’hydraulique sanguine, ainsi que le rythme des pulsations ; de plus, elle surajoute aux deux bruits de la révolution normale un ou deux bruits suivant le moment de son apparition ; enfin elle est suivie d’un repos compensateur.

Influence de l’extrasystole sur l’hydraulique sanguine. — À l’état normal, l’oreillette se vide dans le ventricule mais si, du fait d’une extrasystole, le ventricule est contracté, l’oreillette ne peut pas se vider et le sang stagne dans la jugulaire qui se gonfle dans la partie inférieure de la gouttière.
Dans le cas d’une extrasystole auriculo-ventriculaire, l’oreillette et le ventricule étant en période réfractaire, le gonflement de la jugulaire est plus hâtif et plus intense. On voit apparaître une onde rétrograde, en jet d’eau, qui peut atteindre le tiers supérieur de l’encolure et qui disparaît brusquement.
Il est à noter que les troubles de la circulation veineuse sont intermittents et qu’il y a dans ce fait un moyen de diagnose différentielle pour distinguer les pouls veineux des accidents extrasystoliques ; car les pouls veineux sont permanents.

Influence de l’extrasystole sur le pouls. — À l’état normal les pulsations sont isodynames, c’est-à-dire égales en intensité et équidistantes. S’il se produit des extrasystoles on voit apparaître l’anisodynamie ou inégalité d’intensité et l’inéquidistance.
L’anisodynamie tient à ce que l’extrasystole peut se produire à tous les moments de la diastole et que si le ventricule se contracte au début, au milieu ou vers la fin de la diastole, il se produira des pulsations de plus en plus importantes, mais dont l’importance le cèdera à celle de la systole normale. La raison de l’anisodynamie apparaît clairement.
L’inéquidistance s’explique par la notion du repos compensateur. A l’état normal les diastoles ayant une durée égale, il en résulte que les pulsations sont équidistantes. Il n’en est pas de même dans le cas d’extrasystole. On sait que l’excitation normale apparaît à intervalles réguliers et qu’elle est écoutée parce que le cœur est dans les conditions favorables. Mais quand il se produit une extrasystole, l’excitation normale qui la suit reste réfractaire et le cœur ne se contractera que lorsqu’il recevra une nouvelle excitation normale qui se produira dans le même délai que celui qui sépare les excitations normales. Il en résultera que le repos du cœur sera prolongé du fait de l’extrasystole. Cette diastole prolongée a reçu la dénomination de repos compensateur.

Bruits surajoutés d’origine extrasystolique. — Si l’extrasystole se produit au commencement de la diastole, l’ondée sanguine sera faible. Elle aura nécessité le jeu des valvules auriculo-ventriculaires, mais les sigmoïdes n’auront pas fonctionné. Au deux bruits de la révolution normale s’ajoutera un troisième bruit ; nous aurons un rythme à trois temps et le bruit surajouté sera plus intense que le premier bruit normal, car le ventricule étant peu rempli, les valvules s’affrontent avec plus d’élan et le bruit a plus d’éclat.
Si l’extrasystole est plus tardive elle peut s’accompagner d’une mobilisation sanguine suffisante pour faire fonctionner et les valvules sigmoïdes et les valvules auriculo-ventriculaires ; dans ce cas nous aurons un rythme à quatre temps.
Les bruits surajoutés et le repos compensateur ainsi que l’inéquidistance, l’anisodynamie et les troubles de l’hydraulique sanguine se manifestant dans la jugulaire, permettent le diagnostic de l’extrasystole.

Causes de l’extrasystole. — Ce sont : L’hypertension, les névroses, les intoxications, les auto-intoxications, le surmenage ; l’action des sels biliaires, de la digitale, du salicylate de soude, etc..., etc...
Pendant la guerre, dans les périodes très actives, le pouls a été pour nous un guide primordial pour dépister les surmenés. Nous avons vu couramment apparaître l’extrasystole de fatigue liée à l’action des poisons « ponogènes » sur le cœur et constaté l’évanouissement de ces symptômes sous l’influence du repos.

LES ARYTHMIES. — La notion de l’extrasystole va nous aider puissamment dans l’étude des arythmies qu’on rencontre fréquemment en clinique et au cours de la consultation d’achat. Le fait de constater une arythmie impose au praticien le diagnostic de la nature de cette arythmie. Procéder autrement, c’est opérer au petit bonheur, ce qui révolte la conscience professionnelle dés vrais praticiens.
Parmi les arythmies, nous examinerons les intermittences, le pouls bi ou plurigéminé, le pouls alternant, la bradycardie, la tachycardie simple ou paroxystique.

Intermittences. - Il y en a de vraies et de fausses. L’intermittence vraie est l’absence de pulsation résultant de l’absence de contraction cardiaque. L’intermittence fausse est d’origine extrasystolique. C’est une extrasystole précoce qui a déclenché la contraction du cœur au moment où le ventricule était presque vide. L’ondée sanguine a été insuffisante pour s’inscrire au niveau de l’artère.
L’intermittence vraie ne comporte ni repos compensateur, ni bruit surajouté à l’auscultation, ni troubles de l’hydraulique sanguine, qui sont l’apanage de l’intermittence fausse. L’intermittence vraie a une signification grave dans tous les cas. La fausse ou extrasystolique est bénigne dans l’immense majorité des cas.

Le pouls bigéminé ou plurigéminé est le fait d’une ou plusieurs extrasystoles se produisant régulièrement et constituant une allorythmie, c’est-à-dire un rythme autre que le rythme normal. Son origine extrasystolique indique qu’il est, en général, bénin.

Le pouls alternant diffère du pouls bigéminé avec lequel on pourrait le confondre par son mécanisme et sa gravité.
Il n’a rien à voir avec l’extrasystole. Pas de bruits surajoutés. Pas de repos compensateur. Ce pouls est l’expression d’une fatigue du myocarde qui, une fois sur deux, se contracte insuffisamment. L’asystolie guette le sujet.

Bradycardies. — Quand le cœur bat plus lentement qu’à l’état normal, la bradycardie est constituée. Elle peut reconnaître plusieurs causes.
1° Elle peut être la conséquence de l’âge. On sait, en effet, que chez le poulain le cœur bat de 50-70 fois à la minute. Chez l’adulte, 40 fois. Chez le vieux cheval de 32 à 36. Il y a là un chronomètre cardiaque qui peut corroborer les renseignements fournis par celui des dents, des salières, de la canitie temporale, etc... Il existe donc une bradycardie sénile.
2° Elle peut être liée à des troubles nerveux. Le système modificateur du cœur vago-sympathique peut être en rupture d’équilibre en faveur du vague qui exagère sa fonction frénatrice. Par le réflexe oto-cardiaque, on exagère la bradycardie en excitant l’emprise du vague sur le cœur. Une injection de 5 milligr. d’atropine fait lâcher prise au pneumogastrique et le rythme redevient normal. Par le réflexe oto-cardiaque ou par l’atropine on diagnostique la nature nerveuse de la brachycardie et on acquiert la notion de la bénignité de cette bradycardie.
3° Elle peut être de nature musculaire. Le cœur peut battre lentement parce que l’influx nerveux éprouve des difficultés à cheminer dans le faisceau de His du fait de l’œdème, de l’hémorragie, de la sclérose, de l’abcédation ou de l’existence d’une néoplasie. Il s’agit, dans ce cas, d’une bradycardie grave. Le réflexe oto-cardiaque ne la modifie pas. Le sulfate d’atropine glisse sur elle. Tout sujet présentant ce rythme cardiaque d’origine musculaire doit être refusé.
4° Enfin, il faut distinguer la bradycardie totale de la dissociation auriculo-ventriculaire.
Il y a bradycardie totale quand les oreillettes se contractent le même nombre de fois que les ventricules. Il y a dissociation quand les oreillettes et les ventricules se contractent un nombre de fois différent dans un temps donné.
La dissociation est incomplète ou complète dans ce dernier cas il s’agit du bloquage du cœur (Heartbloc des Anglais ou Herz-block des Allemands).
C’est le pouls lent permanent de Stockes Adam qu’on rencontre parfois sur nos animaux.
Pour savoir s’il existe de la dissociation, il suffit d’examiner le golfe des jugulaires ; si on y compte quatre soulèvements ou davantage à chaque pulsation cardiaque, on est en présence d’un phénomène de dissociation qui indique un trouble grave du cœur.

Tachycardie. — La tachycardie est simple ou paroxystique.
Simple, elle se borne à une exagération de fréquence des battements qui peut être l’expression d’une névrose du sympathique.
La tachycardie paroxystique s’exprime par de l’exagération de fréquence, de l’inégalité et de l’inéquidistance des pulsations. Elle est constituée, le plus souvent, par des décharges d’extrasystoles.

SÉMÉIOLOGIE CARDIAQUE. — Après ces notions dont la connaissance est indispensable, nous allons reprendre l’étude de la Séméiologie cardiaque.
Le réflexe myotonique du mastoido-huméral est plus accusé à droite qu’à gauche. Dans le cas où il y a coexistence de troubles digestifs et de troubles circulatoires, la réflectivité peut être égale des deux côtés ou même le côté gauche peut l’emporter sur le droit. C’est pourquoi il ne faut pas s’en référer uniquement au réflexe myotonique.
Une autre réflexopathie c’est la sensibilité du versant antérieur du toit que forme le garrot. Cette sensibilité est généralement discrète et demande à être cherchée avec précaution.
La troisième opération concernant l’examen du fonctionnement cardiaque est l’examen des jugulaires au niveau du golfe. Comme on le sait, on peut y percevoir des ondes rétrogrades brusques dans leur manifestation, des stades intermittents et des battements multiples annonçant qu’il y a extrasystole ou dissociation auriculo-ventriculaire.
Mais on peut y rencontrer des pouls veineux qui annoncent l’insuffisance du cœur droit ou celle du cœur gauche. Le pouls veineux du cœur droit est à gonflement systolique et à collapsus diastolique, autrement dit l’artère donne la pulsation au moment où se produit le pouls veineux. Dans le pouls veineux du cœur gauche le gonflement est diastolique et le collapsus systolique, c’est-à-dire que la veine s’efface au moment où on perçoit la pulsation.
Le pouls veineux du cœur droit traduit un gêne de la petite circulation.
Le pouls veineux du cœur gauche est l’expression de la difficulté de l’écoulement du sang dans la grande circulation (rétrécissement aortite, artério-sclérose, néphrites).
Nous rappellerons que l’intermittence des gonflements de la veine jugulaire est lié à la présence d’extrasystoles. La permanence du gonflement permet de soupçonner l’existence d’un pouls veineux lié à des insuffisances valvulaires.
Il peut arriver de refuser un cheval parce qu’il présente un pouls veineux du cœur droit et de retrouver ce cheval quelques jours après sans pouls veineux. Cela s’observe chez des chevaux qui ont eu des coliques quelques jours avant et chez lesquels s’était installée une insuffisance valvulaire fonctionnelle qui a disparu lorsque le cœur a perdu la distension qui s’était produite à la suite d’une vaso-constriction des vaisseaux du poumon.
L’insuffisance fonctionnelle non plus transitoire mais durable s’observe fréquemment chez les jeunes chevaux. Elle est, le plus souvent, d’origine anémique et l’anémie est habituellement d’origine vermineuse. L’insuffisance fonctionnelle des anémiques est fonction du « Laxum ». Tous les muscles sont relâchés chez les anémiques ; l’iris l’est au point de présenter de la mydriase parétique. Or ; le cœur est un muscle et il subit la loi générale. Il se distend passivement par défaut de tonicité, les valvules deviennent insuffisantes et le pouls veineux est conditionné. L’anémie se révèle, en outre, par la pâleur des muqueuses et l’essoufflement au travail.
Quand on soupçonne la dilatation passive du cœur, on peut en avoir la preuve par le « réflexe pariéto-cardiaque ». Si on donne un coup brusque dans la région précordiale et qu’on observe le golfe des jugulaires, on constate » dans le cas de distension, l’arrêt ou la diminution notable du pouls veineux pendant 30, 40, 50 secondes.
Mais il est un moyen bien plus élégant de faire le diagnostic différentiel entre une insuffisance fonctionnelle et une insuffisance organique. Si on exerce le cheval ; l’insuffisance fonctionnelle disparaît ou s’atténue considérablement, tandis que l’insuffisance organique exagère le trouble qu’elle conditionne.
Les lésions organiques peuvent être corroborées par les renseignements fournis par le pouls, qui présente les caractères classiques d’insuffisance ou de rétrécissement mitraux ou aortiques et aussi par la coloration des muqueuses, car on peut classer les cardiaques en bleus et en blancs ; les premiers sont des mitraux, les autres des aortiques. La constatation d’un frémissement cataire dans la région précordiale est un bon signe de rétrécissement.
Si on soupçonne l’existence d’une lésion orificielle on pourra pratiquer l’auscultation du cœur en utilisant le tableau de Peter pour le diagnostic de siège du trouble. Après avoir déterminé si le souffle est maximum à la pointe ou à la base et le temps auquel il se produit, il n’y a plus qu’à consulter le schéma suivant :

En pratique d’achat, dès l’instant où on a découvert l’existence d’une lésion organique, on ne pousse pas l’examen plus loin généralement, car on a acquis la notion de l’existence d’un trouble sérieux.
La dyspnée d’effort est un bon signe d’affection cardiaque, quand on a éliminé l’emphysème pulmonaire et le cornage. Il est à retenir que la dyspnée d’effort est plus précoce que celle qui est liée aux vices rédhibitoires énumérés ci-dessus. Elle s’observe dans les affections cardiaques organiques. Particulièrement dans la Myocardite et la Péricardite. L’hypothèse de la première affection prend corps si on constate la faiblesse des pulsations et l’existence d’un bruit de galop. La Péricardite se révèle, en outre, par l’existence d’un gonflement notable des jugulaires s’il existe un épanchement considérable.
La dyspnée peut se prolonger outre mesure après l’exercice ; dans ce cas, ne pas oublier d’examiner le cœur, le poumon et le larynx.
Il n’est pas rare de constater des bâillements chez les cardiaques pendant le repos qui succède immédiatement au travail. Nous voyons dans ce geste l’extériorisation d’une défense contre l’augmentation de la pression de l’air dans l’oreille interne par suite de troubles circulatoires. En baillant, le sujet ouvre sa trompe d’Eustache et l’oreille interne se met à la pression de l’atmosphère. On constate aussi, assez souvent, des mâchonnements suivis de déglutition de salive, Il est des animaux chez lesquels le centre de la déglutition inhibe le centre cardiaque. Au cours de l’éréthisme du cœur qui s’observe après l’exercice chez les cardiaques, il intervient un mécanisme de défense réflexe débutant par des mâchonnements et aboutissant à la régulation du rythme cardiaque par des inhibitions passagères des centres cardio-moteurs. Ces mâchonnements s’observent fréquemment chez des sujets normaux. Mais chez les cardiaques, ils sont particulièrement précoces et durables.
L’existence d’œdème de la paroi abdominale ou des membres, sera une indication d’examiner le fonctionnement du cœur.

TROUBLES VEINEUX. — Ayant examiné ceux qu’on rencontre le plus fréquemment au niveau de la jugulaire, qu’il nous suffise de dire que l’acheteur doit explorer ce vaisseau pour se rendre compte de sa perméabilité. Nous rappellerons la signification que peut présenter l’inégalité de développement de la circulation veineuse de la paroi abdominale (troubles cardio-hépatiques).
Nous avons eu l’occasion de voir deux cas de boiterie intermittente d’origine veineuse. L’un aux armées, avec M. Planté, l’autre récemment sur un cheval de la gendarmerie. Dans les deux cas, il s’agissait de varices de la sous-cutanée médiane. Le volume des veines et la tension contrastaient avec ceux des autres éléments du système veineux particulièrement au niveau de l’avant-bras et du genou. Après un temps de trot d’une durée variable avec chaque séance, le cheval qui était absolument droit au commencement de l’examen, se trouvait dans l’impossibilité de prendre appui sur un membre antérieur. Ce membre était en état d’impuissance fonctionnelle et rappelait l’état qui se manifeste chez l’homme qui a croisé pendant longtemps les jambes l’une sur l’autre. Le membre du cheval était engourdi, comme celui de l’homme « qui a des fourmis dans les jambes ». Le repos faisait disparaître le trouble et on voyait en même temps diminuer le volume et la tension de la veine sous-cutanée médiane. Il s’agit vraisemblablement d’un trouble de la circulation de retour qui s’exagère par l’exercice. Notre premier sujet n’a pas été examiné au point de vue cardiaque. Mais chez le second, il existait manifestement des troubles cardiaques. Nous avions à faire à un cardiaque bleu un mitral avec, vraisemblablement, retentissement sur le cœur droit et gêne dans la circulation de retour se faisant sentir dans le domaine de la veine cave antérieure.
Depuis que nous avons eu l’occasion de faire ces constatations, nous examinons comparativement le réseau veineux général et le réseau veineux des membres antérieurs. Dépister ou plutôt soupçonner une de ces boiteries au moment de l’achat et en faire la preuve serait une virtuosité capable de donner une grande satisfaction professionnelle, car il s’agit de cas qu’on peut méconnaître sans avoir, pour cela, un bandeau sur les yeux. Il y a là un mode de boiterie qu’il était intéressant de signaler à côté de l’intermittence liée à des troubles d’origine artérielle.

TROUBLES ARTÉRIELS. — Ceux de l’aorte étant les plus importants, les troubles artériels seront examinés en même temps que ceux de l’appareil génito-urinaire.


V. Les troubles génito-urinaires et aortiques


Revue vétérinaire, n° 3, mars 1921, p.129-140

TROUBLES RÉNAUX. — Au cours d’une visite d’achat il est bien plus facile de dépister une tare dure ou molle, un éparvin ou un claquage par exemple, qu’une affection rénale et cependant cette dernière est susceptible de diminuer le coefficient vital tandis que l’autre ne s’attaque qu’au coefficient fonctionnel. Les affections des reins ont chez nos animaux une fréquence plus grande que celle qu’on leur attribue d’une façon générale. Elles sont subordonnées tout particulièrement à la Gourme, à la Pasteurellose, au Surmenage et aux Intoxications.
Ce n’est pas par la recherche du pus, du sang, de l’albumine ou des cylindres dans l’urine qu’on pourra éliminer les Rénaux au cours d’une visite d’achat. Le vétérinaire acheteur doit se passer de l’examen des urines et ceci n’est point fait pour faciliter sa tâche. Il ne pourra être à la hauteur de sa mission qu’à la condition d’être documenté sur les Néphrites chroniques et sur leurs signes cliniques.
Aussi allons nous très brièvement examiner les affections chroniques des reins et leurs symptômes cardinaux.
La pathologie rénale s’est enrichie, dans ces dernières années, de notions claires et fécondes, grâce aux travaux de l’École Française et sous l’impulsion magistrale du professeur Widal.
Tenant pour vaines, au point de vue clinique, les classifications d’anatomie macroscopique et microscopique qui rangeaient les reins pathologiques en gros rein blanc lisse et petit rein rouge contracté, d’une part et les néphrites, en épithéliale et interstitielle, le professeur Widal a pensé physiologiquement sur la question. Il a fini par négliger l’état du rein pour ne s’occuper que de la fonction rénale et de cet observatoire le maître a découvert quatre syndromes rénaux qui ont magnifiquement éclairé la pathologie rénale. Ces syndromes sont :

Le syndrome urinaire basé sur l’existence d’albumine, de pus, de sang, de cylindres, etc..., dans l’urine. Nous avons déjà dit qu’il nous faudrait nous priver de ces renseignements.
Le syndrome chlorurémique qui caractérise la Néphrite chronique « hydropigène », ainsi désignée parce qu’elle s’exprime par des œdèmes dont le mécanisme est facile à saisir. Dans ce cas, la fonction rénale est déficitaire ; ce filtre rénal devient imperméable aux chlorures et ceux-ci sont rejetés par le sang dans les tissus ; alors intervient un processus de défense contre l’irritation apportée par les chlorures, c’est l’inondation des régions où les chlorures ont été déposés, c’est l’œdème. Nous avons indiqué dans ce journal (1. Voir numéro de février 1920. Anasarque et Néphrite : Deux syndromes fréquemment confondus. Diagnose différentielle.) que la Néphrite hydropigène du cheval était fréquemment confondue avec l’Anasarque et donné les signes qui permettent de différencier ces affections.
Mais l’œdème n’a pas toujours cette importance ; il peut même être très discret et se limiter à un seul membre ou dans tout autre région que les membres et dans ce cas revêtir le caractère des œdèmes toxiques, c’est-à-dire n’occupant pas nécessairement les régions déclives.
Le syndrome hypertensif, caractérisant la néphrite hypertensive qui s’exprime par l’hypertension artérielle avec toute les menaces qu’elle comporte et qui est fonction de la rétention dans le sang de substances hypertensives « les hypertensines » qu’il est facile de déceler dans l’urine normale.
Le syndrome azotémique est celui qui se manifeste quand il y a néphrite urémigène ou hydrurique. Dans ce cas l’urée n’est plus excrétée et se collecte dans le sang conditionnant des troubles graves dès que le taux de l’urée acquiert un degré suffisant. Parmi les troubles prémonitoires des grandes crises, nous signalerons l’anorexie que le professeur Vidal qualifie de « révolte réflexe », le prurit, des troubles de la vue, etc... Plusieurs syndromes peuvent exister concurremment.

D’après ce que nous venons de dire, l’œdème et l’hypertension seront surtout les deux éléments qui pourront nous révéler l’existence d’un trouble rénal.
L’œdème peut exister aux quatre membres et même sous le ventre, et il est peu probable qu’on mette en vente un cheval dans ces conditions. Mais il peut être limité à un ou à deux membres et être assez discret. Un bon signe d’affection rénale est l’œdème des membres postérieurs ou d’un seul de ces membres.
Parmi les manifestations œdémateuses révélatrices nous citerons l’œdème circonscrit de la paupière inférieure uni ou bilatéral, analogue à celui qu’on observe dans certaines intradermo réactions à la malléine et qu’il est encore plus fréquent de constater chez les juments en état de gestation quand le fœtus a pris un certain développement. L’existence d’une paralysie faciale d’origine centrale doit encore éveiller l’idée d’un trouble rénal qui est capable d’entraîner une paralysie fonctionnelle, soit du fait de l’œdème des noyaux d’origine du facial, soit du fait d’une hémorragie discrète au niveau de ces mêmes noyaux, subordonnée à l’hypertension. Au cours de notre séjour dans les annexes de Remonte, nous avons eu l’occasion de constater que ces paralysies faciales ne sont pas rares.
Le fait de constater une hypertension notable commande d’examiner l’état des reins. Si l’état d’hypertension vasculaire se prolonge, il peut se compliquer de troubles cardiaques et transformer le rénal en cardio-rénal.
Chaque fois que l’examen médical aura mis sur la piste vraie ou fausse d’un trouble rénal, il y aura lieu de procéder aux recherches suivantes :

1° Examiner les points rénaux ( Voir le « Clavier Equin », numéro de mai 1920, p. 267.) ;
2° Explorer la zone réno-aortique ;
3° Apprécier la façon dont le cheval effectue un demi-tour sur les hanches, l’animal étant invité à accomplir ce mouvement alors qu’il est au repos ou en marche. Deux cas peuvent se présenter : s’il y a gêne sans points rénaux, sans réflectivité dans la zone réno-aortique, il s’agit d’un tour de rein. C’est le rein paroi et non le rein organe qui est en cause.

S’il existe des points rénaux très nets et de la réflectivité dans la zone réno-aortique, l’hypothèse d’une affection rénale prend corps. On peut alors observer la façon dont le cheval réagit quand le cavalier monte en selle (flexions, dérobements, etc...).
Signalons, en outre, que l’examen du fonds de l’œil peut corroborer les renseignements déjà recueillis, car le syndrome chlorurémique conditionne l’œdème de la papille, le syndrome azotémique ou urémique entraîne la rétinite et le syndrome hypertensif peut réaliser la congestion de la papille.

TROUBLES AORTIQUES ABDOMINAUX. — Le professeur Cadiot a signalé la fréquence des lésions de l’orifice aortique chez les sujets âgés. Nous ajouterons que la coïncidence des lésions de l’aorte thoracique et de l’aorte abdominale est fréquente.
Dans notre ouvrage sur les coliques du cheval, nous relatons un magnifique cas d’aortite abdominale ayant occasionné plusieurs crises de coliques comportant dans leur expression un syndrome particulier auquel nous avons donné le nom de syndrome pelvien.
La réflectivité aortique doit être différenciée de la réflectivité rénale. Elle a son maximum à gauche et siège parfois exclusivement de ce côté ce qui fait qu’une lésion du rein droit ne saurait être confondue avec l’aortite abdominale. Du. côté gauche quand c’est l’aorte qui est en cause, la réflectivité se propage sur le flanc gauche de la colonne vertébrale.
Si l’aortite abdominale n’est point rare chez les vieux chevaux, il ne s’en suit pas qu’elle ne se présente pas chez les jeunes. Ce qui peut mettre sur la voie, en outre de la pâleur des muqueuses, fréquemment observée chez ces malades, c’est le caractère quinteux, hargneux ; ce sont les difficultés qu’on rencontre à l’examen de la réflectivité et les précautions qu’il faut prendre. Les aortiques sont aussi quinteux que les juments nymphomanes. S’il s’agit d’un cheval qui se comporte comme une jument nymphomane, il y a bien des chances qu’il s’agisse d’un aortique. S’il s’agit d’une jument, la différenciation est plus difficile mais la nymphomanie a une réflectivité différente de celle de l’aortite : elle a son domaine dans le mésentérique postérieur.
Nous ajouterons que l’aortique se plaint quand on se met en selle ; qu’au moment de la défécation il fait entendre une série de plaintes qui paraissent être synchrones des efforts d’expulsion et, qu’en outre, il est fréquent d’observer, au cours de ces exonérations, de la mucorrhée et des flatulences. Et, enfin, que si on veut être absolument fixé, la fouille rectale est capable de permettre de déceler des altérations aortiques telles que déviations, coudures, etc..., qui ne sont pas constantes il est vrai ; mais un caractère fidèle est la douleur provoquée par l’exploration de l’aorte qui détermine des réactions énergiques dans tous les cas.

TROUBLES OVARIENS. — L’influence bien connue des troubles ovariens sur le caractère et ce qui a été dit de la nymphomanie à propos du diagnostic différentiel des troubles de l’aorte nous dispenseront d’insister.

TROUBLES TESTICULAIRES. — L’acheteur ne doit jamais omettre d’examiner les testicules s’il s’agit d’un cheval entier ou les cicatrices de castration chez les castrats.
Le volume des testicules retiendra son attention et lui évitera d’acheter un hernieux ou un porteur de varicocèle ou d’hydrocèle. À noter que cette dernière affection peut être de nature morveuse.
S’il existe deux cicatrices de castration et que rien dans le modèle n’éveille de suspicion on pourra considérer le cheval comme régulièrement castré. S’il n’y a qu’une cicatrice et qu’elle occupe la région médiane, il peut s’agir d’un cheval opéré par le procédé de M. le vétérinaire principal Jacoulet. S’il n’y a qu’une cicatrice latérale on a vraisemblablement à faire à un « pif ».
En cas de doute sur l’efficacité ou la réalité de la castration, on pourra explorer les canaux inguinaux et voir la façon dont le cheval se comporte vis-à-vis des juments.
Nous avons entendu développer cette thèse qu’un cryptorchide qui reste tranquille à côté des juments est aussi bon qu’un autre cheval. Nous ne souscrivons pas à cette manière de voir. La cryptorchidie est un stigmate physique de dégénérescence assez fréquemment associé à quelques stigmates psychiques pour qu’on prenne garde de ne pas acheter un dégénéré si on en croit M. le vétérinaire principal Chomel, quand il voit dans l’association des stigmates physiques et d’un stigmate psychique, l’empreinte de la dégénérescence.


VI. Les troubles respiratoires


Nous envisagerons au chapitre des vices rédhibitoires, deux affections sérieuses de l’appareil respiratoire : l’emphysème et le cornage. Nous nous bornerons à examiner, pour le moment, quelques anomalies de la respiration qui doivent être connues de tout acheteur.

DYSPNÉE ÉMOTIVE. — Il n’est pas rare d’observer au cours des opérations d’achat que certains flancs battent avec un rythme plus fréquent que celui qui caractérise la respiration normale. II n’y a pas de soubresaut, il n’y a pas de saccade, tout réside dans une anomalie de fréquence. L’absence de mouvement convulsif fait que cette dyspnée serait plus heureusement désignée sous le nom de polypnée. Ces faits s’observent particulièrement chez les chevaux de sang et plus encore chez les anglo-arabes et les arabes que les anglais, chez lesquels on peut les constater cependant. On note encore que ces chevaux ont une physionomie mobile, grimaçante, qu’ils ont des yeux saillants rappelant ceux du lièvre ou de la gazelle, qu’ils ont l’air d’être en proie à l’inquiétude et à l’insécurité qui se traduisent parfois par des tremblements et de la diarrhée. Le complexus qui vient d’être décrit est la signature de la Névrose. En effet, il s’agit de névrosés chez lesquels on fait cesser toutes les manifestations émotives comme par un coup de baguette magique en approchant du cheval un de ses congénères. Il est bon d’être prévenu et de la chose et du remède pour éviter d’ajouter à la polypnée plus d’intérêt qu’elle ne mérite en elle-même. Le seul intérêt qu’elle comporte c’est de révéler un état névrosique avec lequel il faut compter ainsi que nous aurons l’occasion de le voir ultérieurement.

TROUBLES RESPIRATOIRES D’ORIGINE CARDIAQUE. — Si on considère la finalité des fonctions respiratoire et circulatoire on verra qu’elles sont dans une étroite dépendance réciproque. L’appareil circulatoire ne paraît pas être autre chose qu’un lien fluide entre la respiration pulmonaire et celle des tissus auxquels il apporte l’élément vivifiant l’oxygène en même temps qu’il les débarrasse des déchets c’est-à-dire de l’acide carbonique. En l’état d’harmonie fonctionnelle, il existe un nombre déterminé de pulsations correspondant à un autre nombre déterminé de mouvements respiratoires et le rapport reste invariable dans les mêmes conditions. Les pulsations sont égales entre elles et équidistantes, les mouvements respiratoires sont physiologiques. Il y a certainement un centre auto-régulateur pour les deux appareils. Supposons maintenant que le fonctionnement du cœur soit défectueux, que les pulsations soit inégales et inéquidistantes, il se produira des à-coups dans le jeu respiratoire.
Nous allons passer en revue quelques troubles de l’appareil respiratoire subordonné à des troubles cardiaques.

DYPSNÉE D’EFFORT. — Si on a soin d’examiner la respiration immédiatement après avoir exercé le cheval au trot, on rencontrera des chevaux dont l’accélération et le caractère convulsif des mouvements respiratoires contrastent avec l’effort produit. Dans ce cas, il ne faudra pas omettre d’examiner sérieusement le cœur qui fournira vraisemblablement la raison de cette dyspnée, car elle se manifeste chez les cardiaques à l’occasion d’un effort peu important, d’où le nom de dyspnée d’effort qui lui a été donné. On observe parfois également dans les mêmes conditions une respiration saccadée.

TROUBLES RESPIRATOIRES CHEZ LES SURMENÉS. — Nous n’avons pas l’intention de nous arrêter sur le « Toc » ou chorée du diaphragme qui constitue une curieuse manifestation du surmenage si ce n’est pour signaler, en passant, une particularité du « Toc » qui a fait l’objet de controverses, nous voulons parler du synchronisme ou de l’asynchronisme des mouvements du diaphragme et des contractions cardiaques. Pour les uns, les mouvements sont synchrones, tandis que le synchronisme est en défaut pour les autres.
Ayant eu l’occasion d’observer un certain nombre de cas de cette affection pendant la guerre, nous croyons avoir pénétré la raison des divergences d’opinion. C’est à l’extrasystole (Voir numéro de septembre 1920, p. 527. L’Extrasystole.), croyons-nous, qu’il faut s’adresser pour avoir le mot de l’énigme. Supposons un cas de « Toc » dans lequel les poisons ponogènes ou poisons du surmenage n’altèrent pas le rythme cardiaque. Dans ce cas, les mouvements du diaphragme sont synchrones des contractions cardiaques. Le clinicien perçoit la pulsation au moment où se produit la manifestation choréique. Mais il n’en est pas toujours ainsi, les poisons peuvent frapper le tissu de His et conditionner des extrasystoles. Nous savons que dans l’arythmie extrasystolique il est des contractions qui s’effectuent alors que le cœur est presque vide, au début de la diastole, et que, dans ce cas, la contraction cardiaque ne s’inscrit pas au pouls l’ondée sanguine n’ayant pas suffisamment d’importance. Dans ces conditions, on conçoit que l’observateur non prévenu déclare asynchrones les phénomènes dont il est question, car il comptera un nombre de clonies diaphragmatiques supérieur à celui des contractions cardiaques, étant donné qu’il ne retient de celles-ci que celles qui s’inscrivent au pouls.
À notre avis, le synchronisme ou l’asynchronisme permettent d’apprécier si le cœur a été épargné par les poisons du surmenage ou si, au contraire, le muscle cardiaque a été frappé par ces substances nocives.
Il est des manifestations respiratoires qui relèvent du surmenage sans avoir le caractère tapageur du « Toc ». Certains soubresauts du flanc ne reconnaissent pas d’autre origine. Par analogie on peut reconnaître aux intoxications en général le pouvoir de créer des troubles respiratoires. En s’en tenant exclusivement à la constatation du soubresaut, on pourrait déclarer emphysémateux des sujets qui n’ont pas la moindre trace de cette affection. Le fait s’est d’ailleurs produit et nous avons pu convaincre de son erreur un confrère qui avait eu le tort de baser son diagnostic d’emphysème sur la simple constatation du soubresaut du flanc, Un loueur de voitures ayant fait une course longue et pénible avec une jument de18 ans trouva sa bête fatiguée et constata l’existence d’un soubresaut. Le lendemain, il fit examiner la jument par un confrère qui déclara qu’elle était poussive. Le propriétaire lui objecta qu’une jument de 18 ans ne devient pas emphysémateuse brusquement et qu’il n’admettait pas son diagnostic sans réserves. Je fus prié par le confrère et le propriétaire d’examiner la jument à mon tour. Il existait un magnifique soubresaut du flanc, mais c’était le seul symptôme qui pouvait se rapporter à l’emphysème pulmonaire et après cette constatation nous nous inscrivions mentalement en faux contre le diagnostic posé, car un symptôme ne fait pas plus une maladie qu’une hirondelle ne fait le printemps et nous procédâmes à l’examen médical complet du sujet. La constatation d’un pouls petit dans une artère tendue et d’un rythme extrasystolique nous fit interpréter le cas envisagé comme dépendant du surmenage avec manifestations cardiorespiratoires par suite de la localisation des poisons sur le faisceau musculo-nerveux du cœur. Envisagé sous cet angle, le cas était curable à brève échéance et le repos associé à la purgation et à un régime rafraichissant devaient avoir rapidement raison des déviations fonctionnelles que nous avions enregistrées.
L’évolution de l’affection sanctionna heureusement et rapidement notre manière de voir.

AFFECTIONS AIGUËS DES VOIES RESPIRATOIRES. — Le praticien ne doit jamais omettre de faire tousser le cheval qu’il examine en vue de l’achat. En outre de la valeur révélatrice de la toux vis-à-vis de la pousse, la toux est encore capable de faire déceler, du fait de l’hyperesthésie de la région pharyngo-laryngée et de la facilité avec laquelle elle se produit ainsi que de la douleur qu’elle occasionne l’inflammation des premières voies respiratoires si souvent d’origine gourmeuse. On sait de quelle façon commence la Gourme mais on ne sait jamais si le dénouement sera heureux ou non. Acheter un cheval gourmeux sans demander de garantie spéciale au sujet de cette affection nous paraît être une folie ou, tout au moins, une faute professionnelle.
L’attention peut être attirée sur l’appareil respiratoire par l’existence d’un jetage.
Le jetage gourmeux est suffisamment connu pour que nous nous dispensions d’y insister.
Il est un jetage que nous retrouverons à propos de l’emphysème pulmonaire et qu’il faut bien connaître à cause de sa signification.
Nous signalerons encore le jetage mousseux finement aéré, sorte de mousse de crème qui caractérise la laryngite chronique.
Pour terminer, nous ajouterons qu’en présence d’un jetage unilatéral il faudra explorer l’auge, les sinus et les cavités nasales. L’appréciation du caractère de l’adénite angulo-maxillaire, la percussion des sinus et l’examen des naseaux pourraient mettre sur la piste soit d’une affection redoutable : la Morve, soit d’une affection ennuyeuse : la Collection des sinus.


VII. Au sujet de quelques vices rédhibitoires


Revue vétérinaire, n° 5, mai 1921, p.253-271

CORNAGE. — Ce vice présente des inconvénients bien connus au point de vue de l’individu et de l’espèce ; il importe de le dépister sur le cheval mis en vente et cela sans tenir compte des délais légaux, car nos confrères civils et militaires, ainsi que nos camarades de l’Armée, peuvent être appelés à effectuer des achats sans garantie aux établissements Tattersall ou Chéri, par exemple.
À moins d’être d’une grande intensité, le cornage ne se révèle pas ordinairement au cours des exercices imposés aux sujets examinés. C’est pourquoi nous avons cherché un moyen qui permet de le dépister sur un cheval au repos.
Il est un procédé assez répandu qui consiste à donner un vigoureux coup de poing sur les côtes et à noter l’influence de ce traumatisme sur la respiration. La surprise et la douleur conditionnent une forte inspiration qui, au lieu d’être bruyante comme chez le cheval normal, est plus ou moins voilée chez le corneur.
D’une façon générale, on peut dire que toute cause capable de provoquer une forte inspiration est capable de révéler le cornage. C’est ainsi qu’en faisant peur au cheval, en lui montrant des objets insolites, en lui faisant renifler une peau de bique, un fragment de peau ou des excréments de fauve, on le fait renâcler et le timbre du bruit qu’il fait entendre permet de déceler le cornage.
Une forte présomption est réalisée lorsqu’on constate une irrégularité du flanc au repos ; l’existence de poils blancs, d’une cicatrice ou d’une perte de substance au niveau de la partie supérieure de la trachée et sur la ligne médiane. Il est possible de constater, actuellement, sur « Monsieur Perrichon », qui a gagné 180.000 francs sur le turf, une perte de substance de la surface d’une pièce de un franc au niveau de la partie supérieure de la trachée. Or le cheval qui a été réquisitionné en 1914, ainsi que nous l’a déclaré le capitaine C..., dont il est la monture, a porté pendant un certain temps un tube à trachéotomie avec lequel il a effectué plusieurs courses, tube ayant été placé pour pallier aux effets d’un cornage sérieux qui existe encore d’ailleurs. Le tube a été enlevé il y a plus de six ans et, néanmoins, la perte de substance persiste.
La présomption que font naître les stigmates que nous venons de signaler peut se changer en certitude grâce à un procédé que nous avons imaginé. Le principe en est très simple ; il consiste à gêner la respiration dans la mesure suffisante pour faire apparaître le cornage chez les sujets atteints de ce vice, alors que cette gêne est sans effet chez les sujets normaux. Nous procédons de la manière suivante : Nous plaçant en avant de l’épaule droite, face, à l’encolure ; nous allons chercher entre les branches du maxillaire, l’appareil pharyngo-laryngien avec la main droite. Puis nous progressons de haut en bas vers la trachée. À un moment donné, la main fait un ressaut, c’est au moment où elle quitte le larynx pour passer sur la trachée, car l’appareil pharyngo-laryngien est plus large que la trachée auquel il constitue en quelque sorte une sorte de chapiteau. De cette façon, on repère facilement le premier anneau de la trachée. Ce repérage étant effectué, et tandis que la main droite reste en place, la main gauche vient se placer en face de la main droite et au même niveau ; alors les deux mains exercent une pression sur l’anneau trachéal de manière à le rétrécir latéralement. La pression peut être exercée d’une seule main, le pouce de la main droite se plaçant en face des autres doigts de la main, c’est-à-dire de la même façon que lorsqu’on veut provoquer la toux. Cette pression doit être progressive, de façon à ne pas amorcer le réflexe tussipare. D’ailleurs — et cela n’a rien que de compréhensible — la toux est difficile à provoquer, en général, chez les corneurs. Si le cheval corne, les mains perçoivent un thrill qui prélude au bruit de cornage que l’opérateur et les témoins perçoivent plus ou moins nettement. Au dépôt d’Arles, l’examen au rond de cornage de chevaux que nous avions déclaré corneurs à l’aide de notre procédé a pleinement confirmé la valeur révélatrice de la méthode que nous signalons.
Bien quelle soit en cause dans l’immense majorité des cas, la paralysie laryngée n’est pas toujours responsable du cornage qui peut, en outre, être réalisé par une exostose des cavités nasales, par l’hypertrophie de la pituitaire ou l’existence d’un polype. Ce mécanisme pourra, dans certains cas, être soupçonné par l’appréciation comparative des colonnes d’air qui sortent des naseaux.
Nous ajouterons, pour terminer, que la taille a une influence considérable sur le cornage, qui est presque l’apanage des gros chevaux. Nos races méridionales n’en sont qu’exceptionnellement atteintes.

EMPHYSÈME PULMONAIRE. — Il est impossible que ce vice échappe à la sagacité du praticien qui ne se prononce qu’après avoir effectué l’examen complet du sujet. On ne conçoit pas, en effet, qu’il existe des vétérinaires capables de conclure l’achat d’un cheval sans avoir fait tousser l’animal ou sans avoir examiné son flanc ; et on conçoit encore moins qu’il soit possible à l’homme de l’art de méconnaître le caractère de la toux et de la respiration en cas d’emphysème. C’est assez dire l’importance incomparable de ces manifestations qui s’appellent et se répondent dans l’esprit de l’observateur.
Quoi de plus significatif, en effet, que cette toux sèche, quinteuse, voilée et sans rappel ? Quelle indication de revoir le flanc si on n’avait pas déjà noté qu’il présentait un soubresaut, un coup de fouet ou que tout au moins l’expiration s’effectuait en deux temps, coupés par un arrêt très court ?
Dans l’emphysème incipiens, au lieu d’être étouffée ou avortée, la toux est forte et sonore et l’éclat de cette voix associé à une irrégularité du flanc doit en imposer pour un début d’emphysème.
Un symptôme qui, pour être moins important que ceux que nous venons d’examiner, n’en est pas moins constant et acquiert, de ce fait, une certaine valeur dans le faisceau d’éléments probants, consiste en un jetage d’apparence albumineuse d’une teinte gris ardoisée, ne formant pas croûte en se desséchant, et dont la quantité est proportionnelle au degré de la maladie, si bien qu’à la dernière période, il se traduit par un flux continu.
Signalons encore le « roucoulement laryngien » qu’il est possible d’entendre à l’auscultation du larynx et que le professeur Bouley considérait comme l’expression de l’emphysème à une période très avancée de la maladie.
L’existence de troubles cardiaques n’a rien que de naturel chez les emphysémateux à une étape avancée et bien souvent l’emphysème entraîne l’asystolie qui emporte le malade.
Le diagnostic ferme du vice rédhibitoire pourrait encore trouver des ressources dans l’hypersonorité de la cage thoracique et dans l’auscultation dénonçant l’existence de râles créditants et même de sibilances, ainsi que la diminution parfois très notable du murmure vésiculaire.
Nous rappellerons qu’il ne faut pas baser le diagnostic de pousse sur un seul, symptôme, car on risquerait de confondre des affections définitives avec des affections telles que le surmenage, la dyspnée émotive, etc... (Voir numéro de mars 1921, p. 137 : Les troubles respiratoires).
Il ne faut pas confondre l’emphysème pulmonaire qui est une affection bien définie avec le syndrome « pousse », commun à plusieurs maladies de l’appareil respiratoire et du cœur. Mais cette distinction n’a pas à être établie au moment de la consultation d’achat, car les emphysémateux, aussi bien que les poussifs, doivent être éliminés. 

LE TIC. — La loi sur les vices rédhibitoires n’intéresse que le « Tic proprement dit, avec ou sans usure des dents ». Avec le vétérinaire principal Pécus, nous regretterons que l’aérophagie silencieuse prandiale ou interprandiale, les stéréotypies de léchage, etc..., ne soient pas visées par le législateur, car, dans tous les cas, il y a aérophagie et, de ce fait, menace d’hypotonie oui d’hypertonie digestive et d’accidents digestifs qui s’attaquent au péristaltisme et intéressent le coefficient vital.

Stigmates de l’aérophagie. — L’aérophagie s’inscrit par un certain nombre de stigmates dans l’organisme et nous allons procéder à l’énumération des stigmates classiques à laquelle nous ajouterons ceux que nous avons personnellement identifiés.
L’usure des dents. — Il faut s’entendre sur le terme d’usure. L’usure des tiqueurs est bien spéciale, c’est une usure en biseau caractéristique qu’il suffit d’avoir vu une fois pour ne plus en oublier l’aspect. L’usure est plus ou moins prononcée. Selon les cas envisagés, mais il ne faudrait pas retenir comme usure des dents quelques ébréchures que les chevaux se font soit en mordant la mangeoire, soit en essayant de rompre des objets durs qui sont à leur portée.
L’hypertrophie des parotides. — À l’état normal, l’inspection de la région parotidienne ne laisse pas soupçonner l’existence des parotides sous-jacentes. Dans le Tic, les glandes repoussent la peau en prenant du relief ; les doigts peuvent en délimiter le contour et il est même loisible d’isoler cet organe des plans sous-jacents.
L’hypertrophie des sterno-maxiltaires qu’on apprécie en prenant le bord de ces muscles entre le pouce et l’index.
La canitie en cravate, réalisée par la présence de poils blancs disposés comme une cravate en avant de la partie supérieure du cou qui est la signature possible d’une blessure provoquée par le collier antitiqueur.
5° La ptose abdominale.
Aux stigmates classiques qu’on vient de lire, nous en ajouterons quelques-uns dont la valeur s’est révélée à nos yeux.
L’écartement des dernières côtes. Supérieur à celui des premières et l’inclinaison en toit des dernières côtes.
Des troubles circulatoires. Chez les tiqueurs, le pouls est rarement normal. Il est tantôt ralenti, tanttôt accéléré : ces modifications traduisent la vagotonie ou la sympathicotonie, c’est-à-dire des névroses qui sont tantôt l’effet, tantôt la cause du Tic. Quand le Tic est d’origine gastrique, l’épine siégeant dans un terrain où le vague a des ramifications touffues, il n’y a rien d’étonnant que la vagotonie se manifeste. Il en est de même dans le cas où le Tic reconnaît une compression du pneumogastrique par les ganglions rétro-pharyngiens (Berton). Le sympathique peut être irrité au niveau de l’estomac, soit encore au niveau du plexus aortique. Nous avons de bonnes raisons pour croire que l’aortite est capable de déclencher l’habitude vicieuse. Ces modifications circulatoires n’ont rien d’étonnant quand on en connaît la genèse.
Le faciès névrosique : physionomie mobile, grimaçante, parfois égarée ou défiante, éclairée par deux grands yeux à fleur de tête.
La sensibilité des zones gastriques : sensibilité frémissante, s’irradiant dans le territoire du grand dorsal.
10° Le signe de l’auge. À l’état normal, l’espace intermaxillaire forme une voûte. La main s’engage librement dans cet espace, mais il n’en est pas ainsi dans tous les cas, chez certains sujets la voûte descend et s’aplatit ; puis continuant à descendre, elle fait hernie au dehors.
Chez les tiqueurs, la partie qui a perdu le domicile se profile sous le maxillaire comme un tendon claqué ou un ventre de truite et si on la tâte entre le pouce et l’index, elle donne l’impression d’une corde résistante (fig.).

Chez des sujets âgés, on peut constater l’inversion de la voûte intermaxillaire, mais le profil de la partie sans domicile n’a pas la tenue de celui qu’on observe dans le cas de Tic ; les contours sont flous et la consistance est molle ; quant à la surface, elle est plus ou moins ridée.
Il y a entre les deux manifestations, la différence qui existe entre l’atonie et l’hypertonie. Dans le premier cas, il s’agit d’atonie sénile, dans l’autre d’un développement anormal ou d’hypertrophie par suite d’un fonctionnement excessif. Conséquemment, la présence du signe de l’auge chez les jeunes chevaux a une grande valeur révélatrice vis-à-vis du Tic.
Au cours d’une présentation de 8 jeunes chevaux pour la Remonte de l’Armée, nous avons pu dépister 3 tiqueurs avec usure des dents qui nous auraient peut-être échappé si nous n’avions pas eu l’attention attirée sur le Tic par le signe.de l’auge.
Trop souvent, lorsqu’il s’agit de jeunes chevaux de 3 ou 4 ans ayant une carte, on a tendance à contrôler par l’examen latéral des deux dernières dents l’âge indiqué par la carte. C’est là un tort ; on peut laisser passer des chevaux qui ont de l’usure des dents.
La valeur du signe de l’auge nous paraît très importante. C’est, à notre avis, un des signes les plus éloquents du Tic après le biseau dentaire. Les différents stigmates que nous venons d’énumérer n’ont pas, en effet, tous la même valeur. Mais la présomption s’affirme d’autant mieux que le groupe des stigmates qu’on a pu relever est plus nombreux.
Le Tic demande, pour être reconnu au moment de l’achat, un certain entraînement et cela surtout lorsque l’usure des dents n’existe pas. Il est rare qu’on soit appelé à constater le geste convulsif et le rot qui caractérisent ce vice, car le cheval en présentation est plus ou moins distrait et ne cède pas aussi facilement à l’impulsion vicieuse. Le Tic doit donc être cherché puisque, le plus souvent, il se cache : Quand il y a usure des dents et quelques stigmates importants, tels que le signe de l’auge, l’hypertrophie des parotides et des sterno-maxillaires, la ptose abdominale, etc..., le doute n’est pas permis. En l’absence d’usure des dents, si on note les signes précédents, il n’y a pas plus d’hésitation à avoir, car le Tic en l’air est suffisamment signé par l’ensemble des stigmates, surtout si on constate l’existence de réflexopathies gastriques très nettes.
Quand le cortège stigmatique est moins nombreux et moins important, il peut être question d’aérophagie silencieuse, dont nous avons entretenu le lecteur au sujet des « Troubles digestifs », et qu’il est facile de déjouer, si on est prévenu, par l’examen de la mangeoire après le repas, le signe d’e la musette ou le procédé de l’attache au râtelier (Voir numéro de juillet 1920, p. 404 : Troubles gastriques.).

FLUXION PÉRIODIQUE. — De nombreux auteurs estiment que l’action rédhibitoire s’exerce d’ans un champ trop étroit borné à la fluxion périodique, quand il s’agit d’affections des yeux. Depuis longtemps, le Service des Remontes a élargi la garantie en indiquant sur ses affiches que les affections des yeux peuvent faire rompre le marché.
Si l’acheteur doit bien connaître les signes capables de lui faire-éliminer sur l’heure les fluxionnaires, a plus forte raison doit-il être en mesure de reconnaître les affections graves des yeux pour lesquelles il n’y a aucun recours auprès du vendeur une fois le marché conclu. C’est pourquoi nous envisagerons non seulement l’irido-cyclite, mais encore le glaucome, la paralysie accommodative et certains cas de cécité monoculaire qui pourraient passer inaperçus à un esprit non prévenu.
La démarche toute spéciale de l’aveugle levant ses pieds exagérément et relevant sa tète comme s’il regardait les étoiles, est suffisamment connue. Certains cas de cécité monoculaire attirent immédiatement l’attention par la microphtalmie, l’anophtalmie, le trouble des milieux et la projection du corps clignotant. Mais il est des yeux qui paraissent normaux et qui sont fermés à la lumière et il est bon que l’acheteur soit en mesure de reconnaître leur suppression fonctionnelle.
Nous examinerons tout d’abord la fluxion périodique. Dans certains cas, en dehors de la crise, la brisure de la paupière supérieure, le dépoli de l’œil, la tristesse du regard, la microphtalmie attirent suffisamment l’attention de l’homme de l’art Ce degré avancé n’est pas toujours réalisé et il faut avoir d’autres ressources à son art. Depuis longtemps, ainsi qu’en témoigne la Revue des Vétérinaires Militaires de 1907, nous nous étions préoccupé de trouver un élément clinique révélateur de la fluxion périodique. Nous désirions être en mesure de désigner rapidement, dans un lot de chevaux, ceux qui étaient exempts d’irido-cyclite et ceux qui en étaient fortement suspects, réservant à ces derniers l’examen ophtalmoscopique ou l’élimination s’il s’agissait d’une opération d’achat. Nos recherches ont abouti à la découverte d’un procédé répondant à nos vues et expérimenté sur une grande échelle tant au dépôt de remonte de Guinguamp, qu’à ceux de Saint-Lô, à l’annexe, de remonte de Couvains, au 10e régiment d’artillerie et au cours d’un recensement die chevaux effectuée dans une région de la Bretagne où la fluxion périodique est extrêmement fréquente.
Nous avons fait, connaître ce procédé dans un article intitulé : « De la pression sous-orbito-iridienne dans le diagnostic de la fluxion périodique ». Si avec toute les précautions voulues, c’est-à-dire en commençant par caresser le chanfrein du cheval et en dirigeant progressivement la main vers l’œil, on insinue l’index coiffé de la paupière supérieure sous l’arcade orbitaire, et qu’on exerce une pression de haut en bas sur le globe oculaire, le résultat sera tout différent s’il s’agit d’un fluxionnaire ou d’un individu normal. Dans ce dernier cas, on ne laissera pas d’être surpris de la forte pression qu’on peut communiquer à l’œil sans provoquer de défense. Au contraire, s’il s’agit d’un sujet atteint d’irido-cyclite, on constatera que, dès la moindre pression, s’éveille, une vive douleur commandant un brusque mouvement de retrait de la tête comparable à celui qui se produirait si on avait faradisé l’œil. La défense que nous signalons est constante dans son expression lors de fluxion. Le mouvement de la tête est étendu et impressionnant par sa brusquerie « électrique H.
L’étude de ce signe nous a amené à la règle de conduite suivante :

Tout cheval qui ne réagit pas à la pression sous-orbito-iridienne n’est pas fluxionnaire. Tout cheval qui réagit à la pression sous-orbito-iridienne est suspect de fluxion ou de lésion grave de l’œil et doit être examiné plus sérieusement à l’ophtalmoscope.

La réaction que nous venons d’examiner traduit des lésions profondes de l’œil. Nous avons eu l’occasion de la pratiquer sur des chevaux aveugles du fait de l’existence d’épaisses kératites résultant de l’action des gaz irritants et nous avons enregistré un résultat complètement négatif. D’autre part, nous avons décelé par un examen plus approfondi des lésions d’irido-cyclite dans la plupart des cas qui avaient donné une réaction positive à la pression.
Le signe que nous venons d’exposer est constant dans la fluxion périodique au moment des accès et dans l’intervalle des accès. En outre, nous avons eu l’occasion de constater l’existence d’une pléiade de signes qui, au, lieu d’être constants, sont contingents, qui peuvent exister ou non tantôt isolés, parfois plus ou moins groupés et que nous désignerons sous le nom de petits signes de l’irido-cyclite.
La pathogénie de ces signes est facile à saisir. La douleur occasionnée par les lésions oculaires est transmise à la racine sensitive du trijumeau et de ce centre protubérantiel l’irritation est susceptible de gagner par irradiation les noyaux bulbaires du facial, de l’auditif, du glosso-pharyngien, du pneumogastrique, du spinal et de l’hypoglosse.
L’irritation des noyaux bulbaires rend compte d’un certain nombre de manifestations qu’on peut rencontrer chez les fluxionnaires. Plusieurs cas peuvent se présenter :
1° La fluxion n’intéresse qu’un œil et les irradiations sont homolatérales ;
2° La fluxion n’intéresse qu’un œil et les irradiations sont bilatérales ;
3° La fluxion intéresse les deux yeux.
On constate une sensibilité de l’oreille plus grande du côté où siège la fluxion que du côté opposé. Si on prend l’oreille à pleine main et qu’on la tire vers le bas, on notera que la réaction qu’on provoque de cette façon est plus intense du côté où siège la fluxion. La sensibilité est parfois assez vive et certains chevaux fluxionnaires ne permettent pas facilement qu’on leur touche les oreilles.
Il existe de l’hyperacousie, c’est-à-dire une hyperacuité auditive qui conditionne des réactions excessives au bruit. En faisant claquer les mains brusquement, on constate que ce bruit entraîne une réaction plus marquée d’un côté que, de l’autre. L’hyperacousie existe tantôt du côté de l’œil malade, tantôt du côté opposé, selon que l’irradiation s’est faite directement ou en empruntant la voie du faisceau géniculé après son entrecroisement. C’est, en effet, l’irradiation au facial qui est responsable de l’hyperacousie. On sait qu’il innerve le muscle de l’étrier et que, d’autre part, ainsi que l’a dit Toynbee, le muscle de l’étrier est le muscle qui écoute, tandis que le muscle du marteau est le muscle qui protège le nerf auditif contre les bruits intenses. On conçoit que, dans ces conditions, l’acuité auditive soit plus intense du côté où le frénateur tympanique est excité.
Il existe encore une hypertonicité des muscles de la face du côté où siège le trouble oculaire liée à l’irradiation à la racine motrice du trijumeau et au facial qui innerve l’alvéolo-labial. Une chiquenaude donnée sur les joues ou sur les muscles situés en avant du masséter (celui-ci se prête moins bien à la démonstration) détermine un mouvement de la tête plus étendu d’un côté que de l’autre. La réaction du facial est tantôt directe tantôt croisée, c’est pourquoi on aura soin d’éviter l’alvéolo-labial comme zone myotonique quand on voudra juger comparativement les réactions.
L’irradiation au spinal et au vague rend compte de la contingence d’un réflexe myotonique du mastoïdo-huméral direct ou croisé, de la contingence également de certaines modifications du rythme cardiaque et de la positivité du réflexe oto-cardiaque.
Quand. les deux yeux sont atteints d’irido-cyclite, les réactions que, nous venons d’examiner sont bilatérales ; il en est de même quand l’irradiation se fait bilatéralement au lieu de rester homolatérale. Dans ces deux cas, la sensibilité de la tète, la difficulté qu’oppose l’animal quand on veut aborder ce segment, la myotonie faciale et l’hyperacousie constituent une indication formelle d’examiner attentivement les yeux.
En recherchant l’hyperacousie chez une jument fluxionnaire, nous avons pu constater une manifestation tout à fait opposée, nous voulons parler de la surdité. Mais il s’agissait d’une surdité fonctionnelle, car l’audition fut constatée à un .examen ultérieur. Ce fait nous paraît constituer une inhibition .du nerf cochléaire sous l’influence de l’irritation de l’ophtalmique irradiée à l’auditif.
Ainsi qu’on peut en juger, il est difficile qu’un cheval fluxionnaire échappe à la sagacité du praticien avisé.
La pression sous-orbito-iridienne est encore capable de nous révéler l’hypertonie du globe oculaire qui s’accompagnant de mégalophtalmie, caractérise l’hydrophtalmie, sorte de glaucome des animaux, entraînant plus sûrement et plus rapidement que le glaucome, la perte de la vision, d’après le vétérinaire principal Dr Nicolas.
En provoquant le réflexe de l’occlusion palpébrale, on s’assurera, en outre, que le sujet voit clair ou non. Un simple coup d’œil permettra die reconnaître l’existence de lésions diverses telles que : cataracte, kératite, ainsi que l’exagération de courbure qui caractérise la myopie.
Le réflexe pupillaire à la lumière sera examiné. On sait que la pupille se rétrécit à la lumière et se dilate à l’obscurité. Chez le cheval, ces modifications pupillaires s’observent surtout sur le diamètre vertical de la pupille.
On recherchera, en outre, le réflexe consensuel. À l’état normal, quand on expose un œil à la lumière, l’autre restant dans la pénombre et qu’on pratique alternativement l’occlusion et l’ouverture palpébrale de l’œil éclairé, les réactions pupillaires qui se manifestent dans cet œil se produisent en même temps dans l’autre. Mais à l’état pathologique il n’en est pas toujours ainsi.
On peut, à l’aide des renseignements fournis par le réflexe consensuel diagnostiquer quelques troubles oculaires tels que :
a) La mydriase paralytique. — Dans ce cas, le réflexe à la lumière est négatif, tandis que le réflexe consensuel est positif. Si on examine l’autre œil, le réflexe lumineux est positif et le réflexe consensuel est négatif.
b) La cécité monoculaire d’origine rétinienne ou névroptique. — Dans ce cas, du côté de l’œil malade on note que le réflexe à la lumière est négatif et que l ’œil sain ne présente pas de réflexe consensuel. Si on éclaire l’autre œil, le réflexe à la lumière est positif et l’œil malade donne le réflexe consensuel.
c) Les lésions du système nerveux central ou périphérique. — Dans ce cas le réflexe consensuel est négatif quel que soit l’œil éclairé.
Nous pensons que tout acheteur qui voudra effectuer au moment de l’achat les recherches que nous venons d’examiner aura, bien des chances de ne pas méconnaître un trouble grave de la vision. Ajoutons pour terminer qu’il y a intérêt à comparer le volume des yeux entre eux afin de dépister, le cas échéant, un stigmate physique de dégénérescence.

BOÎTERIES INTERMITTENTES. — Nous nous bornerons à signaler le rôle de l’aortite chronique dans certaines boiteries. Les signes qui peuvent les faire soupçonner ont été exposés à propos des troubles de l’aorte. Nous renvoyons le lecteur à ce que nous avons dit au sujet des boiteries intermittentes d’origine veineuse, au chapitre des « Troubles veineux » (Voir numéro de septembre 1920, p. 537).


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