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Toucher psychotonique et relation d’aide

Christian Courraud
samedi 10 août 2019 par Christian Courraud

« L’accompagnement de la personne dans le cadre de la kinésithérapie et de la fasciathérapie »

Mémoire de Mestrado en psychopédagogie perceptive - Université Moderne de Lisbonne
Direction Scientifique : Professeur Dr Danis BOIS - Co-direction : Professeur Dr Marc Humpich - Juin 2007

INTRODUCTION

La masso-kinésithérapie est une discipline dont le principal objectif est le soulagement de la douleur physique. Pour autant, cette profession n’exclut pas la dimension relationnelle dans la relation thérapeutique : « La situation de soin intègre (…) autant la prescription que la relation » (Olry, Lang, Froissard-Monet, 2005, p. 71). La relation avec le patient est une dimension du soin. Au centre de la prescription, elle fait partie intégrante du soin. La kinésithérapie, comme la plupart des professions médicales et paramédicales tente donc d’accorder la dimension clinique du soin à la dimension relationnelle, cette dernière créant un cadre, une relation, un espace de soin qui favorise l’accueil, la prise en charge et l’accompagnement du patient qui souffre :

La pratique de la kinésithérapie instruit nécessairement un colloque singulier entre le patient et le praticien. La dimension clinique y est prévalente, la relation interpersonnelle essentielle, et ceci afin de créer les conditions favorables à la prise en charge thérapeutique. (Rouxel et Lani, 2006, p. 12)

Cependant, cette exigence pratique n’est pas accompagnée par une véritable formation : le masseur kinésithérapeute (MK) n’est pas formé à l’accompagnement de la personne qui souffre. Face au patient, il est difficile, pour le praticien de construire « pratiquement » une distance thérapeutique « juste » et adaptée :

La bonne distance, sans cesse à trouver par le praticien, constitue un axe peu travaillé en formation initiale, tant il est vrai qu’elle fait partie de ses compétences incorporées, qui s’acquièrent par l’expérience et sont difficilement transmissibles. (Olry, Lang, Froissard-Monet, 2005, p. 70)

La relation d’aide adaptée à la kinésithérapie est encore à découvrir, à construire et à enseigner. Il ne suffit pas d’appliquer la relation d’aide psychologique à la kinésithérapie car le kinésithérapeute n’a ni la vocation, ni la formation pour devenir psychothérapeute.
On comprend ainsi que la formation à la relation d’aide s’inscrive aujourd’hui comme une formation prioritaire de la formation du soignant et qu’elle se développe de plus en plus dans le cadre des professions médicales et paramédicales.

Le développement de la relation d’aide est donc arrivé comme une incontournable évolution dans la qualité et l’efficacité de la médecine. Il ne s’agit pas ici de considérations psychiatriques, ni de psychopathologies à guérir, mais d’une qualité des comportements face à la souffrance humaine. Elle (…) est aujourd’hui reconnue comme un soin à part entière. (Bonneton-Tabariés, Lambert-Libert, 2006, p. 92-93)

Au cours de 25 années d’expérience du soin, j’ai été amené à pratiquer la kinésithérapie en libéral, puis à me former à la fasciathérapie afin d’enrichir et de renouveler ma pratique auprès de patients présentant le plus souvent des troubles douloureux. Au contact de cette nouvelle pratique mise au point par D. Bois, j’ai découvert une nouvelle façon de prendre en charge les patients en associant une dimension humaine dans le geste thérapeutique. La fasciathérapie entrevoit le corps comme pivot de l’accès à l’expérience subjective, corporelle et sollicite la personne dans sa profondeur. Le geste y est à la fois technique et vecteur d’une qualité de relation.
Depuis 15 ans, je suis responsable d’une structure pédagogique chargée d’assurer une formation continue adressée aux kinésithérapeutes qui viennent se former à la fasciathérapie. J’ai donc toujours tenté de relever le défi de rester fidèle à la kinésithérapie tout en ayant le souci permanent de la faire évoluer. Cette recherche s’est articulée autour d’une contrainte majeure qui traverse l’ensemble de ce mémoire : j’ai souhaité rester attaché et relié à la kinésithérapie, terrain duquel viennent les praticiens qui se forment à la fasciathérapie et dans lequel ces mêmes praticiens appliquent la fasciathérapie.
Néanmoins, l’enjeu de cette recherche invite à opérer une conversion épistémologique du paradigme de la kinésithérapie. Je n’oublie pas les difficultés que j’ai eues moi-même pour déplacer le centre de mes intérêts thérapeutiques et modifier mes vues intellectuelles. Finalement, dans ce cadre précis, il est nécessaire de modifier la vision du soin. Le kinésithérapeute n’est pas un technicien qui pratique un soin, mais une personne qui aide un patient à prendre soin de lui. Cette double orientation du soin s’est avérée pertinente pour la prise en charge des patients. Cette recherche devrait permettre d’apporter des éléments supplémentaires en faveur de l’intégration d’une relation d’aide dans le cadre de la kinésithérapie. On retrouvera constamment cette préoccupation tout au long de ma recherche où apparaissent les contours d’une relation d’aide à médiation corporelle et qui aurait le mérite de s’inscrire dans le champ de compétence de la kinésithérapie. J’ai la conviction intime que l’étude du tonus dans sa relation avec le psychisme peut, en partie, nourrir le débat autour de la question de la relation d’aide.
Si l’on se réfère à D. Bois, le tonus est un interlocuteur privilégié du fasciathérapeute. À travers le toucher manuel, le praticien peut dialoguer avec le psychisme par la voie corporelle :

Une part importante de notre travail thérapeutique manuel et gestuel s’adresse à l’architecture tonique du patient. Le tonus constitue en effet un trait d’union majeur entre le monde corporel et le monde psychique. J’aime à le présenter comme le langage corporel du psychisme. (Bois, 2006, p. 139).

Ce travail m’a permis de faire le point d’un côté sur ce domaine très vaste de la relation d’aide et d’un autre côté sur celui tout aussi étendu de la notion de tonus. Cette recherche sur le toucher psychotonique m’a donné l’opportunité d’articuler ces deux dimensions et de dégager ainsi les spécificités du toucher psychotonique dans le champ de la relation d’aide.
Je pense que cette recherche par l’ancrage de la fasciathérapie s’inscrit dans le domaine de la recherche en kinésithérapie : elle traite de questions qui concernent la kinésithérapie et répond à des problématiques que se posent les kinésithérapeutes au quotidien. Pour ces raisons, cette recherche me semble pouvoir apporter des pistes pour définir les orientations épistémologiques et pratiques de la formation du kinésithérapeute à la relation d’aide.
L’originalité de cette pratique se situe dans l’accompagnement d’un rapport particulier à l’expérience sensible du corps (Bois, 2007) éminemment subjective, productrice de contenus de vécus à partir desquels le patient est amené à apercevoir son intériorité différemment rejoignant en cela un des objectifs de Merleau-Ponty : « Une compréhension neuve de l’homme qui tienne compte de sa situation identitaire incarnée, présent à lui-même, au monde comme à autrui. » (Dauliach, 1998, p. 306). La phénoménologie brosse clairement le contact avec un corps habité dans lequel se jouent des enjeux intenses.
La fasciathérapie donne également au toucher psychotonique un véritable statut, celui d’entretien tissulaire. Dans la relation d’aide psychologique, la méthode de base pour écouter le patient passe par l’apprentissage de techniques d’entretien verbal : « L’entretien personnel et humain où l’on se préoccupe d’un être existant, évoluant, émergeant et soumis à l’expérience » (Rogers, 1971, p. 97). Cette tentative de se relier, d’accompagner et de rejoindre ce processus dynamique interne se fait donc sans le support de la médiation du toucher manuel. En fasciathérapie, la relation d’aide se construit autour d’un « entretien tissulaire », non plus en « face à face » mais dans un « corps à corps ». Cette écoute silencieuse du langage du corps est à la base d’un véritable dialogue tissulaire : « Lorsque la main du thérapeute suit le mouvement tissulaire, c’est un véritable dialogue qui s’engage entre le thérapeute et le sensible du corps, dialogue fondé sur un langage silencieux » (Bois, 2006, p. 71).
Cette recherche tentera donc d’explorer plus particulièrement le toucher psychotonique comme moyen privilégié d’écoute à la dimension organismique (Rogers) de la personne : «  Une écoute attentive à quelque chose d’indéfinissable a priori, d’à peine perceptible, doit pouvoir permettre de discerner l’orientation qui se dessine organiquement » (Lamboy, 2003, p. 93).
C’est autour de ces réflexions que nous avons construit notre question et nos objectifs de recherche :

- Il s’est agi pour nous de cerner les impacts du toucher psychotonique sur la relation d’aide au patient
- Il s’est ensuite avéré nécessaire d’identifier les contours de cette relation d’aide manuelle.

Pour répondre à ces différents questionnements, j’ai choisi d’interroger le vécu des patients au contact du toucher psychotonique (vécus corporels, impacts cognitifs, compréhensions) à travers trois entretiens de patients suivis régulièrement en fasciathérapie, pour tenter de répondre à ma question de recherche.
Sur le plan épistémologique et méthodologique, je n’ai pas fait le choix d’une démarche clinique car l’objet de ma recherche n’est pas directement lié au soin ni au symptôme. J’épouse plutôt une dynamique compréhensive car je cherche à identifier la nature de la relation d’aide mise à l’oeuvre dans le toucher psychotonique. C’est donc tout naturellement que ma démarche s’inscrit de manière cohérente dans un paradigme compréhensif et interprétatif, puisque je souhaite rendre compte de la subjectivité perceptive qui se joue dans l’acte thérapeutique. La méthodologie générale que j’utiliserai, d’inspiration phénoménologique, s’appuiera sur une posture de type heuristique, puisque je ferai appel à ma propre expérience pour étudier le phénomène qui apparaît chez autrui :

« Nous ne pouvons vraiment connaître un phénomène qu’à partir d’une expérience intense du phénomène étudié. » (Paillé, 2004 b).

Je souhaite que cette recherche contribue à faire avancer la réflexion autour de la question de la relation d’aide en kinésithérapie et plus particulièrement de la place de la relation d’aide manuelle psychotonique dans ce questionnement. Je souhaite apporter à travers cette recherche des éléments qui montrent qu’il est possible de construire une relation d’aide qui reste dans les compétences du kinésithérapeute et qui ne déborde pas dans le domaine de la psychothérapie.
Afin de guider le lecteur dans le parcours de ce mémoire, voici en résumé le contenu des trois différentes parties qui le composent.

Première partie
Cette section constituée du champ théorique et pratique est divisée en trois sous parties.
La problématique est présentée à travers les pertinences personnelle, professionnelle, sociale et scientifique qui m’ont conduit à ma question de recherche : Peut-on identifier la nature de la relation d’aide sollicitée par le toucher psychotonique et ses impacts sur la relation à soi du patient ?
Dans le champ théorique, nous argumenterons en quoi la relation d’aide est devenue incontournable dans la pratique de la kinésithérapie. Nous tenterons également de définir les contours théoriques de la relation d’aide manuelle psychotonique en définissant tout d’abord la place et les enjeux du tonus dans la relation d’aide (unité corps-psychisme, relation patientthérapeute) puis en expliquant les six piliers conceptuels de cette relation d’aide manuelle. Enfin, nous présenterons le modèle de la spirale processuelle du rapport au sensible (Bois 2007) qui présentera les contenus de vécu qui se déploient dans le rapport avec le corps sensible.
Le champ pratique nous donnera l’occasion de décrire la posture du praticien dans la relation d’aide manuelle (inter-réciprocité) et l’attitude manuelle qui accompagne cette posture (neutralité active). Nous étudierons ensuite les différentes qualités de présence du praticien à la vie tissulaire (main effectrice, main percevante et main sensible), ainsi que les différents gestes techniques (suivi dynamique et point d’appui) et leur signification pour le praticien. Nous présenterons dans ce chapitre l’entretien expérientiel à directivité informative qui accompagne et suit l’entretien tissulaire en précisant que cet entretien servira de support au recueil des données.

Deuxième partie
Cette section de notre mémoire sera consacrée à la description de notre posture épistémologique et de notre méthodologie de recherche. Nous développerons le choix de notre posture de praticien-chercheur (Kohn, 1986) qui traverse toutes les étapes de notre recherche. Afin de préserver une distance avec les données, malgré une posture impliquée, nous adopterons une méthodologie générale d’inspiration phénoménologique (Husserl 1965 ; Boyd, 2001 ; Depraz, 1999 ; Moustakas 1994).
C’est à travers une posture compréhensive et interprétative (Dilthey, 1947, 1988, 1992 ; Weber 1968) au sein d’une démarche herméneutique, que nous questionnerons les expériences internes vécues par les étudiants (Dilthey, 1992 ; Paillé, 1997).
Notre posture de praticien-chercheur s’associe à une démarche heuristique (Craig, 1978 ; Douglas et Moustakas, 1985 ; Moustakas, 1990).

Troisième partie
Cette dernière partie sera réservée à l’analyse et à l’interprétation des données recueillies dans les trois entretiens menés avec des patients traités en cabinet de fasciathérapie. Dans un premier temps, nous réaliserons une analyse classificatoire des données recueillies dans les entretiens, puis nous réaliserons une analyse phénoménologique cas par cas suivie d’une analyse herméneutique transversale.
Nous ferons ensuite une synthèse des résultats de recherche et une conclusion à partir de laquelle, nous engagerons une discussion théorique en nous appuyant sur la production de connaissances qui aura émergé de notre recherche.
Enfin, nous présenterons nos perspectives quant aux prolongements et applications possibles de ce mémoire.

Lire le mémoire de Christian Couraud

Le Site de l’Ostéopathie remercie Christian Courraud de l’avoir autorisé à publier son mémoire
1ère publication : Site de l’Ostéopathie le 05-07-2016


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10 août 2019
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1.6 Mo

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